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Après la fin @Théâtre l'Albatros, le 14 Juillet 2026

Toujours dans le cadre du Festival OFF d'Avignon 2026, nous nous sommes plongés dans le thriller aussi psychologique que post-apocalyptique de Dennis Kelly Après la fin portée par la compagnie L'Invincible Eté au Théâtre l'Albatros. Dans cette pièce écrite bien avant le confinement, le dramaturge britannique interroge l'instinct de survie et les rapports de force d'un duo d'amis ; Louise et Mark. Paranoïa et manipulation font bon ménage dans ce huis clos dans les profondeurs d'un abri antiatomique. Avec Après la fin, L'Invincible Eté poursuit son travail autour de Dennis Kelly entamé à l'édition 2025 avec Orphelins

Antoine Robinet prête son corps à Mark, l'humain monstrueux, un peu geekos dans l'âme, quelque peu marginalisé par ses potes. Mina Gozan joue Louise, malheureuse victime prise au piège. Dans un espace scénique restreint, les deux comédiens nous proposent une partition grinçante tout en crescendo. 

Au début, Mark a la gorge sèche, prise par la poussière, on a de l'empathie pour celui qui s'est mis en danger pour sauver son amie. Cette dernière reprend peu à peu connaissance et c'est à la même vitesse qu'elle s'intéresse à ce qui pourrait se passer dehors. Telle la petite sirène qui cherche à savoir ce qui se passe à la surface, Louise est curieuse de la vie hors du bunker. Elle s'ennuie, il l'affame et trouve les pires - mais pourtant bien crédibles - justifications, tente des blagues, fait entrer son amie dans ses jeux de rôles. Mais la sociabilité n'est pas suffisante pour rendre la vie confinée plus supportable. Elle peut même vite dégénérer. Les règlements de compte prennent le pas sur la complicité qui n'a jamais vraiment existé entre ces deux êtres aux caractères si différents. 

Pour sa mise en scène, Thibaut Besnard fait le pari de l'immersion avec une économie de moyens scéniques. En effet, peu d'éléments de décor sont présents sur le plateau : une échelle, une chaîne, un lit de camp, une table et un meuble métallique faisant office de garde manger avec quelques boîtes de conserves et des sacs de couchage. Tout cela est suffisant pour plonger le spectateur dans des conditions extrêmement limitées. Son duo de comédiens occupe l'espace comme s'il s'adressait à un troisième personnage qui catalyse leurs émotions. Le rythme s'intensifie à mesure que les nerfs se tendent, on est embarqués tout du long. 

Le Poids de l'Eau @Théâtre de la Carreterie, le 13 Juillet 2026

Si vous pensiez voir une adaptation du film du tout début des années 2000 avec Sean Penn, passez votre chemin ! Il n'en est rien. Il s'agit plus exactement de la rencontre bouleversante de deux hommes dans une piscine parisienne. La conversation s'est engagée de manière hasardeuse et ne se terminera jamais. 

© Mukit Abdul Hamid

A priori les deux protagonistes n'ont rien en commun si ce n'est la natation. Ils ont des âges différents, ont des occupations opposées mais se retrouvent dans un endroit pas si anodin que ça : les vestiaires d'une piscine. La piscine est un endroit où l'on se révèle aux yeux d'autres nageurs inconnus, la natation est un sport individuel où l'on doit toujours chercher à se dépasser. 

Le Poids de l'Eau est une pièce émouvante. Elle questionne les certitudes, explore les fragilités et les zones d'ombre de chacun d'entre nous avec beaucoup de finesse. Ce qui nous saisit particulièrement c'est la complicité au fil de l'eau entre les deux personnages. Les deux comédiens et metteurs en scène Joseph Gabison et Alexandre Testagrossa - qui signe le texte - se sont bien trouvés. On saluera le travail scénographique où quelques accessoires et ambiances sonores suffisent à deviner le lieu. 

Alexandre Testagrossa s'est donné le rôle de Franck, presque quinqua, sa vie est une routine de comptable dans une entreprise. Julien prendra les traits de Joseph Gabison qui incarne la fraîche vingtaine, la génération slasher de l'extrême. Des héros au quotidien ordinaire en somme. Leur rencontre est le point de départ d'une folle histoire. Vous pourrez questionner s'il en va d'amour ou d'amitié, ça n'est absolument pas le sujet. La pièce vient jouer sur les cordes sensibles. S'il faut avancer chacun dans sa ligne d'eau, il faut aussi savoir se soutenir collectivement, comme le veut ce bon vieil adage : "Seul on va plus vite, ensemble on va plus loin".  

Si les dialogues sont des fragments de chamailleries, les monologues eux deviennent d'intenses apnées dans des rais de lumière. L'espoir n'est pas vain. En s'ouvrant à l'altérité on se guérit, on s'apaise. Le duo d'acteurs est généreux et signe un spectacle d'une grande pudeur avec une résilience au coeur. 



L'école des femmes @Théâtre du Chêne Noir, le 12 Juillet 2026

S'il y a bien quelque chose que l'on adore dans les classiques, c'est leur intemporalité. Qui aurait pu croire que ce qu'écrivait Molière presque 400 ans plus tôt pouvait encore résonner aujourd'hui ? Avec une lucidité mordante, la peur panique de l'émancipation féminine était déjà disséquée. En ce festival d'Avignon 2026, nous avons mis le cap sur le théâtre du Chêne Noir pour découvrir la satire de Molière vue par la metteuse en scène Frédérique Lazarini, L'école des femmes.

© Marion Duhamel

Petit rappel de l'intrigue : le vieux riche Arnolphe a élevé sa pupille comme la femme parfaite à ses yeux - ignorante et sans la moindre éducation -. Quelques années plus tôt, il offrait une somme d'argent à la mère paysanne d'Agnès pour ensuite la confier à un couvent. L'objectif ultime : ne jamais devenir cocu. C'était sans compter sur son jeune ami Horace... 

Amour, possession et surveillance. Tel serait le programme de cette mise en scène. En effet, sur le plateau, se tiennent deux espaces distincts : à jardin, le premier s'apparente à un salon en apparence normale où est fixé au mur un important écran de télévision raccordé à un système de surveillance et à cour, séparée par des arbres et une pelouse parfaitement entretenue, une cage de verre abritant la chambre de la douce Agnès. 

C'est d'ailleurs celle qui nous a beaucoup marqué dans ce spectacle. Agnès y est incarnée par la jeune comédienne québécoise Sara Montpetit, incroyable de justesse dans sa candeur, touchante à souhaits. Dès lors qu'Arnolphe - remarquable Cédric Colas - lui passe son écharpe à pompons et bonnet rose, c'est une enfant qui s'anime en alexandrins impeccablement joués ! Fidèle de Frédérique Lazarini, Cédric Colas s'est parfaitement imprégné de l'arrogance et de la jalousie compulsive de son personnage et montre toute sa maîtrise de la palette de jeu, du plus noir au plus comique. Celui qui brille également par son sens du drolatique romantique, c'est Hugo Givort dans le rôle d'Horace. Nous glisserons tout de même une mention spéciale au binôme formidable de serveurs vigiles formé par Emmanuelle Galabru et Alain Cerrer. On saluera la prestation de Guillaume Veyre en intègre Chrysalde.