Ca ira (1) Fin de Louis @Théâtre de la Porte St-Martin, le 12 Mai 2019


Quelques années avant même que ce blog ne voit le jour, je m'étais rendue à la Maison des Métallos pour y découvrir mon premier spectacle de Joël Pommerat : Le petit chaperon rouge. Et si à ce moment-là, je ne l'avais pas retranscrit, j'avais beaucoup apprécié ce travail du metteur en scène contemporain. 

Six ans plus tard, une opportunité inouïe m'amène à retrouver le travail de Pommerat et dans un tout autre registre. Au programme de Ca ira (1) Fin de Louis : la Révolution Française. Bien qu'il ait été créé en 2015 au théâtre des Amandiers à Nanterre, la création trouve un écho bien particulier en mai 2019 entre la crise des Gilets Jaunes, période de clôture du Grand Débat et les prochaines élections européennes. Installé jusqu'au 14 juillet (symbolique suprême) au Théâtre de la Porte St-Martin - dont on salue l'audace -, impossible de rater l'événement pour les théâtreux qui se respectent et plus modestement, les amateurs de politique.  

Pas moins de quatorze comédiens - rejoints par une quinzaine de figurants - déploient une énergie décapante pour offrir un spectacle monumental - scindé en 3 parties - de 4 heures 30. Loin d'une simple reconstitution de la Révolution Française, le metteur en scène choisit de s'attarder sur les périodes de discussions en intérieur : à Versailles pour assister aux fondements de l'Assemblée nationale en passant par les Etats généraux, les salons royaux, à Paris au Louvre ou encore dans un comité de quartier.

Perchés dans les baignoires ou installés dans l'orchestre, les nombreux comédiens nous font revivre avec intensité les débats enflammés sans excès de langage qui se veut au plus près de celui que l'on a aujourd'hui. Toute ressemblance avec la réalité ne serait-elle que fortuite ? Ce n'est vraiment pas fait exprès. L'immersion est totale au point de se laisser tenter par les applaudissement pour marquer son adhésion.
Et, bien évidemment, pour saluer ce moment de théâtre particulièrement puissant marqué par le bruit et la fureur.
Au-delà du spectacle, Joël Pommerat parvient à inviter les spectateurs à s'interroger sur la démocratie et ses fondements.

Le tableau final - dont on ne dira rien du contenu - est absolument magnifique et, parce qu'après tout,  "Ca ira". 

Opening night @Théâtre des Bouffes du Nord, le 02 Mai 2019


© Simon Gosselin
"Laboratoire public n°32 à Paris le 02/05/2019" 

Et si le travail du jeune Cyril Teste ne cessait de gagner en intensité après chaque création ? Après avoir brillamment relevé le défi de la mise en scène d'Hamlet à l'Opéra comique, le carpentrassien poursuit son chemin avec un projet d'une autre envergure : Opening night. Teste s'entoure pour l'occasion d'un casting de haut niveau : Isabelle Adjani, Frédéric PierrotMorgan Lloyd Sicard et Zoé Adjani.



Inspiré du film de John Cassavetes, le spectacle de Cyril Teste se veut expérimental jusqu'au bout, où la construction doit permettre la destruction. Imaginons alors que chaque soir se doit d'être la première de la première. Le séjour au cœur du laboratoire du Professeur Teste s'avère saisissant.

Cyril Teste, en ce jour de générale, joue avec le flou ; ce qui est de l'ordre de la répétition, ce qui n'en est plus et la mise en abyme du théâtre dans le théâtre, de la célébrité qui joue la célébrité. Fidèle à son terrain de jeu, Teste s'amuse avec rigueur des plans filmés : ce qu'il retiendra, ce qu'il oubliera, nul ne le saura vraiment, pas même son collectif. Un flou pour le moins enchanteur. Adjani qui n'avait pas foulé les planches de théâtre depuis bien longtemps brille de par sa beauté féline mais également par son jeu si sensible, si intense. Son regard larmoyant happe. Bien qu'elle soit la tête d'affiche, elle est discrète, n'impose rien. Morgan Lloyd Sicard et Frédéric Pierrot touchent par leur justesse et désemparement. La nièce de la vedette fait quelques apparitions. C'est à elle qu'a été attribuée le rôle de Nancy, la disparue.

Bien sûr, dès lors que chaque représentation sera unique, on serait tentés de s'y rendre chaque soir et de découvrir ce qui a été modulé. Mais ne serait-ce pas là casser la part de surprise ? Le noir et blanc à l'écran ne montre pas le passé, il s'ancre dans le moment présent fugace. Le tonnerre d'applaudissements de ce soir-là n'est pas démérité.