Un faux pas dans la vie d'Emma Picard @Essaïon Théâtre, le 27 Mai 2024

Le roman de Mathieu Belezi résonne avec L'art de perdre d'Alice Zeniter. Les deux textes ont été adaptés au théâtre en cette saison 2023-2024. 

Un faux pas dans la vie d'Emma Picard est une petite tragédie méconnue inscrite dans l'Histoire de la colonisation française. L'histoire d'une femme, Emma Picard, dans les années 1860 qui échappe à la misère française en allant en Algérie. On lui a promis des terres à cultiver. Elles lui sont octroyées par le gouvernement français ; "des terres qui ne veulent et ne voudront jamais de nous".

C'est la comédienne Marie Moriette qui prendra les traits d'Emma Picard. Elle livre un jeu particulièrement poignant où elle dialogue avec un lit d'enfant. Elle nous narre la misère qu'elle traverse. Les tempêtes, les disparitions, les invasions de sauterelles, les visites de fonctionnaires véreux... Tout y passe. Un faux pas dans la vie d'Emma Picard est le récit d'une femme qui s'est battue courageusement tout au long de sa vie. Aussi fictive que soit la personnage, l'histoire est saisissante.  

Marie Moriette déploie une palette d'émotions intenses dans une mise en scène pensée en duo avec Emmanuel Hérault qui frappe par sa sobriété. La quasi absence de musique pour mieux saisir la solitude traversée. Le seul son sera le cri du cœur d'une femme désespérée.

Les carnets du sous-sol @Essaïon Théâtre, le 13 Mai 2024

© Clément Soyer

La première partie du roman Les carnets du sous-sol de Dostoïevski résonne dans la caverne voûtée de l'Essaïon. Un lieu particulièrement adapté pour capturer un espace mental indéfini. C'est ici et en nous tournant le dos nous accueille le comédien et metteur en scène Christophe Laparra. Le voilà qui nous adresse ce texte particulièrement exigeant de l'écrivain russe. Les questionnements sont nombreux et s'envolent dans des contrées philosophiques, poétiques ou encore politiques. L'enfermement comme unique moyen de contenir sa folie à destination de messieurs fruits de l'imaginaire débordant du personnage. 

Christophe Laparra incarne avec la plus grande justesse. Il offre une présence totale et captivante. On se souvient de la lecture de certains extraits par Patrice Chéreau dans les murs du théâtre de l'Odéon en 2002 mais ici, c'est une question d'appropriation du texte, de faire corps avec lui. Et Christophe Laparra y parvient grâce à une scénographie on ne peut plus de circonstance. Xavier Bernard-Jaoul qui signe la création lumière joue des clairs obscurs. La lumière devient métaphore de la pensée. A mesure qu'elle brille, le personnage avance dans sa réflexion jusqu'à la lucidité.