Dans la solitude des champs de coton @Théâtre des Bouffes du Nord, le 4 Février 2016


© Christophe Raynaud de Lage
Deuxième escale Koltèsienne.
Cette fois aux Bouffes du Nord, vingt-neuf ans après Chéreau, laissons-nous entraîner Dans la solitude des champs de coton.

« Deux hommes qui se croisent n’ont pas d’autres choix que de se frapper avec la violence de l’ennemi ou la douceur de la fraternité »

Casques sur les oreilles, c’est directement sur le plateau que les spectateurs sont invités à se rendre. Ils peuplent l’espace scénique, ils font office de décor, ils deviennent champs de coton. Guidés par les voix d’Anne Alvaro et d’Audrey Bonnet qui s’échangent les premières tirades philosophiques dans la pénombre. Puis progressivement, le public gagne les fauteuils.

Pourtant, l’originalité de cette mise en scène signée Roland Auzet se devait être plus poussée. Le début du deal devait se dérouler dans la rue, en plein cœur du quartier de La Chapelle. Etat d’urgence oblige, l’artiste ruse.

L’effet de déstabilisation est réussi, les voix paraissent si éloignées, les silhouettes sont presque fantomatiques. Dealer et client sont interprétés par des femmes. L’une a la voix grave, maîtrise la situation, elle détient ce que l’autre désire tandis que la seconde est un peu plus sauvage, animale qui se sentirait menacée. Elles se déplacent lentement, leurs mouvements sont comme chorégraphiés dans l’opposition : quand l’une avance, l’autre s’écarte, une séduction contradictoire.

Dans la solitude des champs de coton aux Bouffes du Nord s’avère un savant mélange de choix singuliers. Les comédiennes sont toutes les deux exceptionnelles et portent en elles une interprétation poignante, intense. Le tout porté par une création sonore – composée par La Muse en Circuit - qui selon la situation, alimente la tension ou la sérénité éphémère. 

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