Tartuffe ou l'imposteur @Collège des Bernardins, le 13 Février 2015


S’inscrivant dans les soirées After Co (cycle laissant la parole aux jeunes générations d’artistes professionnels ou non) du somptueux Collège des Bernardins, le collectif A vrai dire propose sa propre mise en scène du célèbre Tartuffe de Molière.

Ils sont quatre comédiens ; duo d’hommes et de femmes. A eux quatre, ils interprètent tous les personnages par un habile changement de costume. Leur plateau se compose simplement d’une table à la nappe blanche et une croix en bois et tout l’espace reste à leur entière disposition.

Profitant d’une superbe acoustique, les comédiens prennent à parti le spectateur en le faisant asseoir sur deux rangées qui se font face sur presque la  moitié de la longueur du hall. Comme présent à un banquet, le spectateur doit se sentir concerné.

Les tirades sont proférées, le jeu de chacun des comédiens est intense. Les alexandrins s’échangent depuis les extrémités des rangs. C’est au public de suivre attentivement du regard le dialogue.

Romain Vaillant livre un Orgon profondément aveuglé, naïf, qui se laisse entraîner dans les filets du Tartuffe incarné par un Sylvain Laborde malicieux, taquin qui alterne avec un jeune Valère aimant, bon sous tous rapports faisant nettement contraste avec le protagoniste. Annah Schaeffer (jouant ici jusqu’à 4 rôles à elle seule) propose une interprétation très touchante de Mariane et Alice Thalamy brille dans le rôle de la servante Dorine, méfiante et redoutable et tout autant dans son jeu d’Elmire profondément amoureuse de son mari, prête à lui prouver l’imposture du Tartuffe.


Le collectif A vrai dire propose donc une version pertinente du grand classique de Molière sans oser retirer la moindre virgule et le rend plus fort. 

Sic(k) @Monfort-Théâtre, le 24 Janvier 2015



Au théâtre, les histoires sont racontées et parfois, des idées sont véhiculées. Sic(k) se présente comme un spectacle à cheval entre la discussion et la narration.

Alexis Armengol s’entoure de sa compagnie Théâtre à cru pour questionner sur nos addictions – aussi bien à l’alcool, qu’au tabac, qu’à l’Autre -. 
Les réponses échangées agissent comme la bande son du spectacle. 

S’enchaînent dialogues entre les comédiens et des témoignages d’anonymes ou de philosophes - notamment Deleuze - enregistrés pendant l’écriture. On se surprendrait même à vouloir prendre parti au débat.
L’addiction n’est pas propre à un genre.
Hommes ou femmes, ils subissent leurs addictions et les partagent. 
La grande salle se transforme en salle de conférence. On partage ses idées, sa joie de vivre, son mécontentement. Tout devient possible.

Sic(k) est une pièce résolument contemporaine tant elle mélange les formes scéniques - dont une performance plastique en direct – humaine et poétique par sa scénographie. 

L'Idéal club @Monfort-Théâtre, le 09 Janvier 2015


La compagnie 26000 couverts originaire de Dijon présente un spectacle qui s’ancre dans la mouvance du music-hall. Le Monfort-théâtre devient un immense cabaret où l’humour est roi.

L’Idéal club porte en lui une réflexion sur le spectacle idéal. Ici, idéal signifierait une ambiance totalement décalée, absurde et ouvertement tout public.

Tous les numéros se succédant sont hilarants : du jonglage avec une tente Quechua, ballet de cartons, trapèzes fictifs (puis avec des balais), concert de scies musicales où s’incruste une tronçonneuse… Pour notre plus grand bonheur de spectateurs, on ne peut pas s’empêcher de rire.

Tout cela porté par pas moins d’une dizaine de comédiens extrêmement dynamiques et des musiciens talentueux - The Rainbones -.

Pour sûr, ces 2 heures 50 de spectacle ne risquent pas d’ennuyer les spectateurs de tout âge confondu. Tout le monde ne peut que vouloir adhérer au club tant il bouscule notre quotidien, réveille nos esprits.


C’est un embarquement pour le pays du bonheur, du rêve et du burlesque.

Le final est un grand moment d’autodérision parfaitement géré, à l’image du spectacle : totalement déjanté ! 

Les cartes du pouvoir @Théâtre Hebertot, le 06 Janvier 2015



Stephen (Raphaël Personnaz) est un attaché de presse politique brillant. Il est très jeune et sa carrière est déjà bien commencée. Ambitieux, rien ne l'arrête. 
A sa charge, la préparation de la campagne des primaires de la présidence américaine sous la direction de Paul Zara (Thierry Frémont) qu'il adule depuis toujours. 
Liés par une forte amitié, les deux hommes s'engagent pour leurs idéaux dans un combat électoral sans merci. 

 Personnaz livre ici une excellente interprétation d'un attaché de presse détestable ; égoïste et arrogant. Le basculement de son personnage dans un état de paranoïaque est admirable. C'est dans cet état que d'autres facettes de l'attaché de presse surgissent et l'acteur les interprète avec brio. 
A ses côtés, Thierry Frémont joue celui qu'on pense convaincu, l'honnête. Moins arrogant que son confrère, il porte en lui l'affection pour le peuple. Frémont est très bon, livre un jeu sincère. 
Si ici il est question des personnages principaux, les personnages secondaires ne sont pas oubliés; le jeune frère Personnaz ne démérite pas et marche dans les pas de son aîné, Elodie Navarre fait une bonne journaliste reine du chantage  Roxane Duran stagiaire un peu frivole, fragile et un Francis Lombrail en parfait manipulateur. 

Les coulisses de la politique sont dévoilés. Et pour le moins qu'on puisse dire vraisemblables; le manque de scrupule, les journalistes en quête du scoop, la relation attaché de presse/journalistes, les magouilles, tout est montré. 

Dans une mise en scène qui mêle carrés mobiles et images filmées, la sobriété est efficace. La bande son est contemporaine et de qualité. 
Aucune longueur, l'histoire est bien rythmée grâce à des comédiens dynamiques. Les spectateurs sont portés par l'intrigue et ne s'ennuient jamais. 

Mercredi 7 Janvier 2015 // DRAME CHARLIE HEBDO


Mercredi 7 Janvier 2015 

Parce qu'aujourd'hui, c'est la liberté de la presse et la liberté d'expression qui ont été mises à mal.
Je ne trouve pas les mots suffisamment forts pour décrire mon état. 

Humanité, réveille-toi, je t'en supplie...

Je me contenterai uniquement d'afficher mon soutien à l'équipe de Charlie Hebdo et aux familles des victimes.

Rester vivant @Théâtre du Rond-Point, le 20 Décembre 2014

Préparez-vous à entrer dans la salle Roland Topor. 
Vingt et une heure a déjà sonné.

Il fait nuit. Une nuit noire s’est abattue, le voyage durera deux heures et demie. Pas d’échappatoire. Que vous ayez les yeux clos ou les yeux ouverts, la vision est la même.

Seule la voix d’Yves-Noël Genod se fait guide. Il alterne poèmes et commentaires sur l’œuvre de Charles Baudelaire. Il tousse, il répète, il fait revivre l’âme du poète. Lucidité et spleen sont retrouvés pour nous emporter.

Toute la beauté des textes du poète ressurgit dans cette obscurité provoquant la concentration. L’intimité entre le spectateur et le poète se créée. Les vers du recueil Les Fleurs du mal traversent les spectateurs, les font peut-être tressaillir. Tantôt la voix murmure, tantôt elle crie.

Dans ce noir absolu, Genod fait quelques pas, déambule, veille sur les voyageurs. On note quelques apparitions phosphorescentes, rappelant le fantôme du poète qui erre. Ce voyage n’a pas de réelle destination en revanche il a un objectif : nous rendre encore plus vivants.

Il ne faut pas chercher le sens, le noir nous rend égaux pendant qu’un homme tente d’élever nos âmes. 

Carmen @Théâtre du Rond-Point, le 16 Décembre 2014


Un an après avoir présenté Swan Lake, Dada Masilo réinvestit la grande salle du Théâtre du Rond-Point pour proposer sa version d’un autre classique. Cette fois-ci, il est signé Georges Bizet, il s’agit de Carmen.

Toujours dans l’optique d’aborder les problèmes sociaux que les grands classiques ont toujours su mettre en avant, Dada Masilo réunit les questions de sexe, de manipulation, d’ambition et de mort que soulève l’œuvre de Bizet.

Carmen de Masilo est à la rencontre de différentes danses ; africaine, classique et flamenco ! Si ce mélange peut surprendre, le défi est plutôt réussi. Pas moins de quinze chorégraphes dans leurs costumes hauts en couleur font preuve d’une énergie détonante.

Si les thèmes sont plutôt graves, Masilo a su poser quelques moments humoristiques notamment dans les dialogues entre les personnages. Les confrontations hommes/femmes rappellent les affrontements dignes de West Side Story. Ils ne sont pas violents. 
Duos charnels, solos ou ensembles s’enchaînent, offrant ainsi des tableaux aussi différents les uns que les autres.

La scène du viol reste particulièrement bestiale, crue. Elle correspond donc à l’image du souhait de la chorégraphe qui ne voulait pas se montrer timide à propos de quoi que ce soit, confiait-elle dans sa note d’intention.


Le spectacle s’ancre dans l’actualité, les prochains ne pourront que suivre cette voie. Le traitement en est donc réussi.