Idiot @Théâtre de Belleville, le 24 Novembre 2013.


Laurence Andreini a choisi de mettre en scène le roman  L’Idiot de l’auteur russe Fedor Dostoïevski. Pour réaliser ce projet elle a fait appel à Sergueï Vladimirov et Pauline Thimonnier afin de travailler sur une nouvelle traduction du roman. A eux trois, ils ont conçu une pièce pour six acteurs.
La scénographie de Charlotte Villermet est une structure simple : des murets ouverts mobiles qui construisent l’espace. Le plus important réside dans le travail raffiné sur l’éclairage. L’obscurité côtoie les zones de lumière sur les visages. Deux couleurs prônent dans les costumes de Villermet ; le noir et le blanc.  Une nette opposition entre le pouvoir, la menace  de la famille du général Ivolguine et la lumière, la pureté du prince Mychkine.
Mychkine est si bon, Romain Cottard au visage presque christique sert une interprétation captivante. Un réel miroir fragile de cette société cupide, en déclin et fausse. Tantôt général Epantchine tantôt Ivolguine, Philippe Maymat est pour le moins habile dans son jeu. Eric Bergeonneau propose le jeu d’un Rogogine très noir et passionné maladif. Gania, l’ambitieux est joué par un très bon Bertrand Poncet et on applaudira très fort le duo féminin Clémentine Bernard et Valentine Alaqui qui livrent un duel aiguisé et presque sans pitié.
La compagnie réunie donne alors un nouveau souffle au texte de Dostoïevski et en donne une vision contemporaine.






Les visages et les corps @Théâtre du Rond-Point, le 15 Novembre 2013.


Dernier soir de représentation. Un dernier au revoir à Patrice Chéreau
Le spectacle démarre avec un enregistrement. Patrice Chéreau et sa voix feutrée est avec nous.
Quelque part au fond de la salle, sur le plateau ou même en coulisse.
Il doit sûrement veiller à la représentation de son élève, Philippe Calvario.
Le plateau ressemble à une salle de répétition, un micro sur son pied, des chaises et fauteuils disséminés, un bureau, deux ou trois lampes et cela suffira.
Calvario lit avec intensité les extraits de l’ouvrage du défunt.
Tantôt dans le livre, tantôt sur des feuillets qu’il laisse s’envoler sur le plateau.
Les Visages et Les Corps de ses amis disparus ; Bernard-Marie Koltès, Jean Genêt, Hervé Guibert qui auront hanté l’acteur ou parmi les vivants, Charlotte 
Rampling ou encore Isabelle Adjani. Les extraits dessinent un homme que l’on sait torturé et inquiet. Dans un texte d’une profonde poésie marquée par le manque et la mort, Calvario fait revivre la sincérité et l’intelligence qui caractérisaient son maître Chéreau. La création sonore de Mitja Vrhonik Smrekar ponctue  avec douceur les fins de page. « Le texte est un labyrinthe, un grand puzzle et c’est la sensibilité de chaque spectateur qui trace le chemin » disait Philippe Calvario lors de son entretien avec Pierre Notte en Septembre dernier.La lecture s’achève sur la citation de Chéreau
         « Le silence n’est pas l’absence. L’absence n’est pas la mort. »
La porte est claquée. Les spectateurs reprennent leur souffle et applaudissent. 

Le fils du comique @Théâtre Saint-Georges, le 02 Novembre 2013


Pierre Palmade est de nouveau sur scène avec son alter égo ; Pierre Mazar. Ce personnage homosexuel veut à tous prix un enfant et plus précisément, un fils. Un fils qui serait presque son clone. Il ne veut pas adopter mais passer par une mère-porteuse. Et là, c’est problématique. Il l’a promis depuis des années à sa meilleure amie mais il s’est laissé tenter par l’actrice de sa prochaine pièce. C'est au cours d'un repas en présence de tous les protagonistes que tout se joue.
On applaudira très fort le jeu des deux jeunes actrices 
toutes deux issues de l’atelier du comédien; Anne-Elisabeth Blateau, une meilleure amie inspecteur de police "Julie Lescot un peu plus à gauche", maladroite mais attachante et Camille Cottin (en alternance avec Noémie De Lattre), en actrice qui vit pour sa carrière. 
Sans tomber dans la caricature ni dans le militantisme, les répliques signées Pierre Palmade sonnent sur un ton juste. Benjamin Gauthier en compagnon qui n’a pas son mot à dire est très appréciable au lancer de piques et donne une bonne énergie à son personnage.
Cette pièce bien rythmée et contemporaine, ancrée dans l’actualité qui se savoure pour passer une bonne soirée. 





Les Renards pâles - Yannick Haenel


Je n’ai jamais lu les ouvrages de Yannick Haenel, c’est donc ma première lecture. Rentrée littéraire faisant contexte c’est l’occasion. Me laissant tenter par une histoire basée sur une insurrection, je ne regrette pas. J’y ai trouvé une écriture plutôt crue ce qui m’a peut-être faite vivre davantage dans le récit. On rencontre le personnage de Jean Deichel (apparemment ce n’est pas la première fois qu’on le trouve, il aurait déjà fait son apparition dans le roman Cercle), un homme qui a décidé de vivre dans sa voiture. Il l’a décidé après avoir été exclu de son logement. Cet homme bouleverse un peu les codes sociaux ; il refuse de voter et de travailler. C’est en quelque sorte refuser la soumission. Sa vie se résume donc à des errances dans Paris et des soirées bien arrosées entre amis. Pendant ses vagabondages il est confronté à un étrange grafiti ; « La société n’existe pas ». Pour cet homme qui s’est exclu du monde, cette phrase prend sens, en dessous il trouve le signe du Renard pâle ; un dieu qui est né au cœur de la destruction, la divinité anarchiste tout droit venue d’Afrique. Lui vient alors une sorte d’illumination ; rejoindre la révolution. Deux de ses amis sans-papiers trouvent la mort, il se sent d’autant plus concerné par ce bouleversement. 
Le choix du pronom « Je » initial transformé en « Nous » par la suite m’apparait comme plutôt judicieux. Cette solitude qui devient une communauté ; plusieurs « Je » qui se sentaient seuls deviennent « Nous » qui ne sommes pas seuls mais ne formons qu’un. Une révolution ne peut être individualiste. On pense alors au mouvement Anonymous, un rassemblement d’anonymes, unis pour la même cause.
Révolution remarquable que celle de ces canidés, elle brise le cliché d’une révolte violente, ils veulent bouleverser l’ordre établi en empêchant les arrestations de familles de sans-papiers. 
J’ai donc apprécié ce roman, lu dans les transports et parfois je me posais aux endroits dont Jean Deichel fait mention pour pouvoir mieux ressentir cette insurrection naissante. La révolte gronde quelque part dans Paris… Ouvrez l’œil ! 


La société des loisirs @Petit Théâtre de Paris, le 02 Octobre 2013

Le décor est planté : un canapé, une table basse, une chaise et une lampe sûrement sortis tout droit d’IKEA. Marie (Cristiana Reali) et Marc (Philippe Caroit) forment un couple heureux, ils possèdent une belle maison, piano à queue dont ils ne se servent pas puisqu’ils ne savent pas jouer mais l’utilisent comme cachette, une baie vitrée qui donne sur une terrasse avec piscine, une belle situation, un petit garçon qui aura sûrement une petite sœur. Petite sœur issue de l’adoption, elle sera chinoise. Chinoise ? Oui ces enfants sont des petits prodiges en musique, il faut bien que quelqu’un utilise le piano dans cette maison ! Et à part tout ça, il se dégage tout de même une énorme frustration. Cette frustration, ils en discutent en attendant leur ami Antoine (Stéphane Guillon) dont ils envisagent de se séparer. Ce dernier est fraîchement divorcé mais mène une vie de débauché avec multiples compagnes ou « amies de cul », extasie, alcool et autres. Lorsqu’il arrive, il est accompagné d’Anne (Lison Pennec), 21 ans et franche comme les gens de son âge. Tout ce petit monde se retrouve donc dans la maison pour parler de cette séparation. Antoine sera donc l’ami qui fera éclater au grand jour les frustrations de ce couple. On trouvera une Cristiana Reali très à l’aise dans ce rôle de femme à deux faces : douce et coriace à la fois. Après quelques verres, elle dévoile l’envie d’être une femme qui se laisse aller à des aventures. Philippe Caroit joue habilement le mari si peu courageux, cliché du parfait « bobo ». Et dans le couple libre, Stéphane Guillon en bon politiquement incorrect qu’on connait, cynique à souhait et la jeune prometteuse Lison Pennec dans la fraîcheur de vivre, le franc parlé des jeunes gens du bel âge. Comédie grinçante qui décrit la réalité d’une société en manque de réel bonheur. 


Au Petit Théâtre de Paris du 17 Septembre 2013 au 27 Octobre 2013

Chez les UFS Grumberg en scènes @Théâtre de Poche Montparnasse, le 19 Septembre 2013



Grumberg, « l’auteur tragique le plus drôle de sa génération » déclare Claude Roy dans sa préface du volume Les Courtes aux éditions Actes Sud en 1995. Dans ce spectacle, Jean-Claude Grumberg est entouré de sa fille, Olga et Serge Kribus. Bienvenue chez eux !  La pièce est constituée de petites scénettes qui s’enchaînent les unes aux autres. Entre les rires et les silences, Grumberg maîtrise son art. Il nous fait une petite rétrospection de ses diverses créations, on retrouvera donc L’Atelier, Les Rouquins et Pleurnichard. C’est d’ailleurs dans cette dernière qu’on admirera un Jean-Claude Grumberg très émouvant. Petit homme retombé en enfance, dans un pyjama. Appelant tantôt sa mère, tantôt son père et même Dieu, qui jusque là n’existait pas selon lui. Chez les UFS - Grumberg en scènes vacille entre comédie et tragédie, propose des acteurs très bons et une bonne visite au cœur de notre bon sentiment humain pendant un peu plus d’une heure. 

Au Théâtre de Poche-Montparnasse du 17 Septembre au 17 Novembre 2013.

La nuit juste avant les forêts @Théâtre le Proscenium, le 15 Septembre 2013


Mettre en scène du Koltès est une tâche bien difficile. Nathalie Moncorger relève le défi de manière réussie. Contrairement à Patrice Chéreau qui a décidé de prendre une chambre d’hôpital comme décor, elle choisit un décor épuré. On en déduit la rue. Le temps semble s’être arrêté. Et voilà que nous interpelle un homme. Au milieu des autres, cet homme nous fait part de ses envies de révolte.  C’est Akim Ben Hafsia qui donnera le ton de ce qui bouillonne en cet homme, vêtu d’une veste en cuir, d’un pantalon et d’une paire de chaussures. Votre imaginaire fonctionne pour créer l’environnement. Un adroit jeu  de lumières pour mettre en avant les formes du visage, les expressions. Ben Hafsia joue l’étranger au milieu des hommes qui jouissent les uns sur les autres, il pousse ses cris de rage, dénonce cette société qui l’exaspère. Le texte de Koltès est brûlant d’actualité et Akim Ben Hafsia joue habillement bien en donnant vie aux mots de l’auteur.