Le grand sommeil @Théâtre de la Commune, le 10 Novembre 2018


© Matthieu Bareyre
Elles devaient être deux sur le plateau. Helena de Laurens et Jeanne. La première est adulte, la seconde est une pré-adolescente. C'est bien là le problème. Une adolescente dans le monde du spectacle vivant ça suscite des complications à tous les points de vue mais surtout médicaux et juridiques. Si le processus créatif avait bien démarré entre les deux jeunes femmes, six mois de répétition au compteur ont suffi pour convaincre la médecine du travail, la psy et les parents de Jeanne que ce n'était pas bon pour elle : trop long, trop éprouvant pour une fille de son âge. L'ado est écartée de la scène, le spectacle devient un solo, un hommage à cette absence. Helena de Laurens devient Jeanne le temps de la représentation.

La danseuse vêtue de rouge arrive du fond du plateau sur Bitch better have my money de Rihanna. Comme une enfant, elle fait tourner un sac autour d'elle, façon tourniquet. Puis vient le temps des paroles crues de l'ado, elle n'est pas une enfant comme les autres. En pleine tentative de rébellion, sa façon arrogante de s'exprimer avec des silences perturbants, Helena donne son corps, l'âme est bien celle de Jeanne.

De façon presque détestable, à la limite de la méchanceté, elle questionne son rapport avec les adultes, avec ce qui s'apparente à la norme, avec la famille... Elle perturbe avec ses grimaces improbables, elle se métamorphose en véritable petite diablesse qui n'existe qu'au travers de ses provocations. SM  de Rihanna en fond sonore, Helena se livre à l'ultime provocation de Jeanne. Le corps souple de la performeuse gesticule à la manière de la chanteuse de la Barbade tout en s'enroulant avec un rouleau de scotch orange vif.

Elles n'étaient pas deux, elles ne faisaient qu'une sans rivalité ni complicité pour autant. Elles fonctionnaient à l'opposé des rôles présupposés : la parole était laissée à l'enfant, l'adulte cédait son corps et s'abandonnait.


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