La magie lente @Théâtre Paris Villette, le 26 Novembre 2019



Âmes sensibles s'abstenir. La magie lente est un seul en scène dérangeant. Une descente aux enfers pour remonter vers la lumière, le récit d'un homme cassé qui tente de se réparer. Cassé ? Ou même brisé, "fragilisé" ne serait qu'un faible mot. 

Benoit Giros interprète essentiellement deux rôles - qui parfois peuvent donner l'impression de se confondre - : celui d'un psychanalyste et celui du patient, Louvier. Ce père de famille a été diagnostiqué schizophrène. Un diagnostic qui ne lui convient absolument pas. Il part à la recherche d'un nouveau thérapeute pour tenter de le guérir. Nous, spectateurs, devenons temporairement confrères et assistons à l'intégralité de sa thérapie avec le nouveau spécialiste, plongeons avec lui dans les eaux troubles du mal. 

La situation est complexe : Louvier se sent épié et touché partout où il va. Surtout dans le métro, où il entend des voix, a des hallucinations. En apparence, il s'agit de paranoïa. Les calmants prescrits par le précédent psychiatre s'avèrent inefficaces. Le thérapeute comprend que son confrère s'est lourdement trompé tant au niveau du traitement qu'au niveau du trouble. Et puis, au-delà de ça, la thérapie devient une véritable quête identitaire. 

Douceur et crudité - sans pour autant tomber dans la vulgarité - sont les maîtres mots de ce texte percutant que signe Denis Lachaud. Pierre Notte choisit de faire jouer son comédien sur un plateau très dépouillé - quelques chaises, un stylo de conférencier, un bureau équipé d'un ordinateur, une table sur laquelle sont posées des carafes d'eau suffisent à meubler l'espace scénique -. Benoit Giros livre un jeu puissant, intense en émotions et au plus juste. Le jeu de lumières d'Eric Schoenzetter s'accorde avec les états de Louvier, on garde en tête l'image des moments lumineux de la thérapie et les phases les plus obscures lorsque Louvier raconte les faits au passé. Il faut patienter quelques minutes avant de saluer la prestation brillante tant on peut être sonné, bouleversé par le propos. 


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