Après la fin @Théâtre l'Albatros, le 14 Juillet 2026

Toujours dans le cadre du Festival OFF d'Avignon 2026, nous nous sommes plongés dans le thriller aussi psychologique que post-apocalyptique de Dennis Kelly Après la fin portée par la compagnie L'Invincible Eté au Théâtre l'Albatros. Dans cette pièce écrite bien avant le confinement, le dramaturge britannique interroge l'instinct de survie et les rapports de force d'un duo d'amis ; Louise et Mark. Paranoïa et manipulation font bon ménage dans ce huis clos dans les profondeurs d'un abri antiatomique. Avec Après la fin, L'Invincible Eté poursuit son travail autour de Dennis Kelly entamé à l'édition 2025 avec Orphelins

Antoine Robinet prête son corps à Mark, l'humain monstrueux, un peu geekos dans l'âme, quelque peu marginalisé par ses potes. Mina Gozan joue Louise, malheureuse victime prise au piège. Dans un espace scénique restreint, les deux comédiens nous proposent une partition grinçante tout en crescendo. 

Au début, Mark a la gorge sèche, prise par la poussière, on a de l'empathie pour celui qui s'est mis en danger pour sauver son amie. Cette dernière reprend peu à peu connaissance et c'est à la même vitesse qu'elle s'intéresse à ce qui pourrait se passer dehors. Telle la petite sirène qui cherche à savoir ce qui se passe à la surface, Louise est curieuse de la vie hors du bunker. Elle s'ennuie, il l'affame et trouve les pires - mais pourtant bien crédibles - justifications, tente des blagues, fait entrer son amie dans ses jeux de rôles. Mais la sociabilité n'est pas suffisante pour rendre la vie confinée plus supportable. Elle peut même vite dégénérer. Les règlements de compte prennent le pas sur la complicité qui n'a jamais vraiment existé entre ces deux êtres aux caractères si différents. 

Pour sa mise en scène, Thibaut Besnard fait le pari de l'immersion avec une économie de moyens scéniques. En effet, peu d'éléments de décor sont présents sur le plateau : une échelle, une chaîne, un lit de camp, une table et un meuble métallique faisant office de garde manger avec quelques boîtes de conserves et des sacs de couchage. Tout cela est suffisant pour plonger le spectateur dans des conditions extrêmement limitées. Son duo de comédiens occupe l'espace comme s'il s'adressait à un troisième personnage qui catalyse leurs émotions. Le rythme s'intensifie à mesure que les nerfs se tendent, on est embarqués tout du long. 

Le Poids de l'Eau @Théâtre de la Carreterie, le 13 Juillet 2026

Si vous pensiez voir une adaptation du film du tout début des années 2000 avec Sean Penn, passez votre chemin ! Il n'en est rien. Il s'agit plus exactement de la rencontre bouleversante de deux hommes dans une piscine parisienne. La conversation s'est engagée de manière hasardeuse et ne se terminera jamais. 

© Mukit Abdul Hamid

A priori les deux protagonistes n'ont rien en commun si ce n'est la natation. Ils ont des âges différents, ont des occupations opposées mais se retrouvent dans un endroit pas si anodin que ça : les vestiaires d'une piscine. La piscine est un endroit où l'on se révèle aux yeux d'autres nageurs inconnus, la natation est un sport individuel où l'on doit toujours chercher à se dépasser. 

Le Poids de l'Eau est une pièce émouvante. Elle questionne les certitudes, explore les fragilités et les zones d'ombre de chacun d'entre nous avec beaucoup de finesse. Ce qui nous saisit particulièrement c'est la complicité au fil de l'eau entre les deux personnages. Les deux comédiens et metteurs en scène Joseph Gabison et Alexandre Testagrossa - qui signe le texte - se sont bien trouvés. On saluera le travail scénographique où quelques accessoires et ambiances sonores suffisent à deviner le lieu. 

Alexandre Testagrossa s'est donné le rôle de Franck, presque quinqua, sa vie est une routine de comptable dans une entreprise. Julien prendra les traits de Joseph Gabison qui incarne la fraîche vingtaine, la génération slasher de l'extrême. Des héros au quotidien ordinaire en somme. Leur rencontre est le point de départ d'une folle histoire. Vous pourrez questionner s'il en va d'amour ou d'amitié, ça n'est absolument pas le sujet. La pièce vient jouer sur les cordes sensibles. S'il faut avancer chacun dans sa ligne d'eau, il faut aussi savoir se soutenir collectivement, comme le veut ce bon vieil adage : "Seul on va plus vite, ensemble on va plus loin".  

Si les dialogues sont des fragments de chamailleries, les monologues eux deviennent d'intenses apnées dans des rais de lumière. L'espoir n'est pas vain. En s'ouvrant à l'altérité on se guérit, on s'apaise. Le duo d'acteurs est généreux et signe un spectacle d'une grande pudeur avec une résilience au coeur. 



L'école des femmes @Théâtre du Chêne Noir, le 12 Juillet 2026

S'il y a bien quelque chose que l'on adore dans les classiques, c'est leur intemporalité. Qui aurait pu croire que ce qu'écrivait Molière presque 400 ans plus tôt pouvait encore résonner aujourd'hui ? Avec une lucidité mordante, la peur panique de l'émancipation féminine était déjà disséquée. En ce festival d'Avignon 2026, nous avons mis le cap sur le théâtre du Chêne Noir pour découvrir la satire de Molière vue par la metteuse en scène Frédérique Lazarini, L'école des femmes.

© Marion Duhamel

Petit rappel de l'intrigue : le vieux riche Arnolphe a élevé sa pupille comme la femme parfaite à ses yeux - ignorante et sans la moindre éducation -. Quelques années plus tôt, il offrait une somme d'argent à la mère paysanne d'Agnès pour ensuite la confier à un couvent. L'objectif ultime : ne jamais devenir cocu. C'était sans compter sur son jeune ami Horace... 

Amour, possession et surveillance. Tel serait le programme de cette mise en scène. En effet, sur le plateau, se tiennent deux espaces distincts : à jardin, le premier s'apparente à un salon en apparence normale où est fixé au mur un important écran de télévision raccordé à un système de surveillance et à cour, séparée par des arbres et une pelouse parfaitement entretenue, une cage de verre abritant la chambre de la douce Agnès. 

C'est d'ailleurs celle qui nous a beaucoup marqué dans ce spectacle. Agnès y est incarnée par la jeune comédienne québécoise Sara Montpetit, incroyable de justesse dans sa candeur, touchante à souhaits. Dès lors qu'Arnolphe - remarquable Cédric Colas - lui passe son écharpe à pompons et bonnet rose, c'est une enfant qui s'anime en alexandrins impeccablement joués ! Fidèle de Frédérique Lazarini, Cédric Colas s'est parfaitement imprégné de l'arrogance et de la jalousie compulsive de son personnage et montre toute sa maîtrise de la palette de jeu, du plus noir au plus comique. Celui qui brille également par son sens du drolatique romantique, c'est Hugo Givort dans le rôle d'Horace. Nous glisserons tout de même une mention spéciale au binôme formidable de serveurs vigiles formé par Emmanuelle Galabru et Alain Cerrer. On saluera la prestation de Guillaume Veyre en intègre Chrysalde. 



L'impatient @Théâtre Actuel La Bruyère, le 19 Mai 2026

Par les temps qui courent, l'humour est toujours l'une des plus belles issues de secours. 

Marc Tourneboeuf fait partie de cette génération d'humoristes qui a commencé à conquérir son public sur les réseaux sociaux. Pour le principal intéressé, pas moins de 367 000 abonnés le suivent rien que sur Instagram. Transformer ce qui marche sur les réseaux sur la scène est un défi relevé haut la main pour le jeune homme.

Dans un spectacle franchement bien écrit - alexandrins et prose au rendez-vous - qui provoquerait les sourires d'un Raymond Devos, au rythme enchanteur, Marc Tourneboeuf est bon joueur. Entre grimaces folles dignes d'un Jim Carrey, jeux de mots en cascade et poésie, le garçon a tout pour plaire. 

L'Impatient n'est pas qu'un simple one-man show où s'enchainent les sketchs. C'est toute une aventure humaine qui se déroule sous nos yeux entre la France de Paris à Avignon et l'Asie en passant par l'Australie - c'est très technique dit comme ça mais c'est bien possible -. Une odyssée embarquée dans sa vie délirante de jeune comédien avec son lot de rebondissements, ponctuée par de grands et savoureux moments d'humour sans une once de vulgarité.

A l'heure du cynisme, Marc Tourneboeuf fait cohabiter beaux mots et folie pure. En jouant les cartes de la finesse et l'absurde, il n'en reste pas moins fin observateur de son époque avec une sincérité désarmante. Fin mais jamais naïf. 

L'énergie y est bien répartie, il campe subtilement des personnages tout à fait identifiables dans nos vies. Au-delà des pirouettes, Marc Tourneboeuf témoigne de l'une des fragilités humaines profondes : notre place dans la vie, notre quête de reconnaissance.    


Chiens @Théâtre des Bouffes du Nord, le 03 Février 2026

Vous imaginez arriver sur un plateau de théâtre où de la lingerie souillée jonche le sol ? C'est comme ça que Lorraine de Sagazan vous fait entrer - après une longue hésitation sur le vocable, pénétrer était peut-être trop à propos...- dans sa nouvelle création Chiens.

© Jean-Louis Fernandez

Chiens est un opéra cauchemardesque, une plongée dans l'horreur. J'ai à cœur de répéter que si j'aime autant le théâtre c'est pour son immersivité que le cinéma n'a pas du fait de l'écran comme barrière - ce qui ne m'empêche pas d'aimer cette autre discipline - . Je me rue sur des spectacles où la violence est invisible, parce qu'elle infuse dans la tête - et peut-être même dans tout le corps - du spectateur aussi intensément que celle qui se déroule sous ses yeux. On la vit avec les autres. 

Une fois assis sur les bancs des Bouffes du Nord, on lit les trigger warnings affichés des deux côtés qui nous laisse libres de quitter la salle à tout moment, les éléments de contexte et... c'est parti. On ne dit plus un mot, on frémit mais pas un bruit ou alors un très discret, celui d'une déglutition. Un sourire peut-être se dessinera sur nos visages mais pendant un temps bien court. 

Lorraine de Sagazan se penche sur l'abominable affaire French Bukkake, on y trouvera un écho puissant à la non moins ignoble affaire des viols de Mazan, encore plus récente. Une sordide affaire qui mettait en lumière ce qui aurait pu rester longtemps dans les profondeurs de ce qu'on appelle le dark web : des viols de jeunes femmes par des centaines d'hommes cagoulés filmés par un homme - Pascal Ollitrault -, propriétaire d'un site pornographique. Cette création s'inscrit dans la lignée de sa création Leviathan - que nous n'avons malheureusement pas pu voir par manque de temps -. 

Le spectacle joue essentiellement sur deux partitions ; l'une purement musicale, l'autre plus textuelle. Le saisissant comédien Vladislas Galard endosse les rôles autant des victimes que des bourreaux, la voix déformée comme dans un témoignage anonymisé, il nous glace. Le reste est chanté par de talentueux chanteurs - hommes et femmes -.

© Jean-Louis Fernandez
Dans les nombreuses chansons magnifiquement bien écrites, aussi glaçantes que puissantes, on retient cette phrase "Les chiens qu'on détache deviennent des loups". Dans l'arène des Bouffes du Nord, les chiens se tiennent souvent sur deux pattes et détiennent même des armes qui plus d'une fois nous terrifieront. 

Le spectacle secoue et nous laisse sur l'éternelle question : maintenant que l'on sait tout cela, que faisons-nous ? A nous, hommes et femmes qui faisons le monde, de veiller à ne pas reproduire...

  


 

Musée Duras @Théâtre de l'Odéon - Ateliers Berthier, le 29 Novembre 2025

Mis dans la confidence de ce spectacle dès l'été 2022, nous attendions non sans impatience de découvrir ce qu'un de nos metteurs en scène contemporains préférés allait pouvoir en faire. Plusieurs œuvres c'était évident, ne restait plus qu'à savoir lesquelles. Et ainsi l'an 2025 vit naître la fresque Musée Duras. Equipés du précieux bracelet vert flashy, nous voilà prêts pour une immersion magnifique de 10 heures ! La surprise est simple : il s'est entouré d'une partie des élèves - plus d'une dizaine - du Conservatoire de Paris.  

© Simon Gosselin

Fidèle à lui-même, Julien Gosselin adore jouer avec son public. Le déstabiliser pour mieux le séduire, le titiller pour mieux l'épater deviennent ses pratiques courantes. Cette fois-ci, plutôt que donner le nom des œuvres par ordre d'apparition sur le programme de salle - qui, depuis sa prise de fonction de directeur à l'Odéon, désormais prend la forme d'un journal grand format -, se succèderont ainsi pas moins de 11 "Sans titre" avec le nom des interprètes. Le metteur en scène ne livre pas les œuvres in extenso - ça durerait clairement bien plus longtemps que 10 heures - mais leur substantifique moelle pour un résultat époustouflant. 

Vidés de leurs gradins, les Ateliers Berthier deviennent une véritable salle d'exposition modulable. Pour peu que vous ayez la bougeotte - et sur 10 heures, c'est plus que probable - vous pourrez changer de place. Si vous êtes courageux, vous commencerez allongés à même le sol dans le noir pour mieux vous retrouver debout sur ce qui fait office de plateau dévêtu.

Comme dans un musée, les œuvres sont diverses, autonomes. Nous ne reviendrons pas sur le spectacle pièce par pièce, l'exercice serait fastidieux - et peut-être un peu ennuyeux disons -. Rendons compte de la beauté générale de ce spectacle. Gosselin montre la belle facette de son esprit de synthèse qui a le don de provoquer l'envie de se (re)plonger dans les textes d'une autrice légendaire. On se réjouit que ses comparses Maxence Vandevelde et Guillaume Bachelé soient fidèles au poste pour habiller musicalement le spectacle avec leur électro puissamment poussée par l'inégalable Julien Feryn. Si on avait été surpris par l'usage du vocoder lors de sa précédente création, on est cette fois-ci embarqués sans même avoir pris le temps de l'étonnement. 

Un spectacle de Julien Gosselin sans images tournées en direct n'est pas un vrai Gosselin. Pour ce faire, les élèves ont été étroitement accompagnés par un autre fidèle de la compagnie : Pierre Martin Oriol. Tous jouent une partition intense et saisissante qu'ils soient en solo, en trio ou en duo. Tous sont vraisemblablement inspirés de leurs aînés issus de la troupe du metteur en scène - le comédien Denis Eyriey fera d'ailleurs une apparition -. La jeune génération est décidément bourrée de talents. 

En quelques mots c'est bouleversant, monumental, vivifiant, enivrant et follement contemporain.
Bravo maestro !



La luz de un lago @Théâtre de l'Odéon, le 09 Novembre 2025

Ce dimanche 9 novembre 2025 fut jour de découverte. J'assiste à mon premier spectacle du collectif El Conde de Torrefiel. Un spectacle qui ne peut être défendu comme une pièce de théâtre dans sa définition la plus basique ; une oeuvre littéraire destinée à être jouée devant un public. Avec La luz de un lago, on assiste à une performance aussi bien cinématographique que plastique. Les seuls comédiens seraient des techniciens, machinistes à l'exception peut-être d'une narratrice. 

© Mario Zamora

C'est sur le plateau de la scène de l'Odéon (Paris 6ème) que sont invités à s'asseoir les spectateurs. Pas à même le sol mais sur des gradins installés pour l'occasion. Le spectacle commence à partir du moment où nous est expliqué que nous allons voir un film d'amour. Plusieurs histoires se succèdent, sans lien les unes avec les autres, du moins, a priori. 

Finalement, se multiplieront les mises en abyme. Vraisemblablement, on assiste à un film d'images mentales. A l'écran sont projetés les dites histoires et on les lit comme dans un livre géant. On croisera les chemins amoureux de plusieurs couples, dans plusieurs époques. Et quand il ne s'agit pas de lire, c'est s'émouvoir d'images pixellisées voire des successions de "glitchs" - imperfections contrôlées - et de ressentir des vibrations intenses causées par une expérience sonore puissante sur fond d'Angel de Massive Attack puis de transe électro de boîte nuit anglaise des années 1990. 

La luz de un lago est un geste artistique non conventionnel, résolument tourné vers les sensations. Si on devait le revoir, il est possible que le ressenti ne soit pas à l'identique tant il joue avec les remous intérieurs. Une expérience vertigineuse, rare qu'il se faut vivre. Mais... ne dit-on pas la même chose de l'amour ? 

Les conséquences @Théâtre de la Ville, le 04 Novembre 2025

On pourrait dire que Pascal Rambert a une obsession pour les histoires familiales. Mais à y regarder de plus près, l'homme de théâtre éprouve une fascination pour le temps qui passe. 

© Louise Quignon

Dans sa nouvelle création Les conséquences présentée dans le cadre du Festival d'Automne à Paris, il s'est entouré de ses fidèles et de quelques nouvelles têtes. En résulte un casting pour le moins impressionnant mêlant ancienne et nouvelle génération d'acteurs : Jacques WeberAudrey Bonnet, Anne Brochet, Paul Fougère, Lena Garrel, Jisca Kalvanda, Marilú Marini, Arthur Nauzyciel, Stanislas Nordey, Laurent Sauvage et Mathilde Viseux. Tout ce beau monde aux couleurs vives - pour les personnages féminins - se retrouve comme confiné dans un barnum blanc clinique aux multiples sorties de secours - exit les portes qui claquent des vaudevilles, bienvenue à la toile qui se frotte aux zips à chaque passage ! -. De longues tables et des bancs laissant entendre qu'une cérémonie a lieu.  Le spectacle s'ouvre sur la famille réunie autour d'une urne funéraire au design peu commun : bleu en forme de goutte d'eau.  

Dans cette première partie d'une trilogie qui se promet monumentale dont le dernier volet est censé arriver en 2029, Pascal Rambert interroge nos engagements sous toutes ces formes, des impacts de nos actes présents comme passés à travers le prisme d'une famille vraisemblablement bourgeoise. Ils ont tous des parcours scolaire hors norme : ENA, Ecole normale supérieure ou encore Ecole alsacienne au minimum. Chacun est peut-être un symbole de réussite mais jamais de fierté. 

Comme souvent chez Rambert, la famille a de véritables soucis de communication. Un amour-haine entretenu sur la durée. S'écouter ne vaut pas s'entendre. Deux verbes liés par l'idée même d'un respect mutuel, d'une présence véritable. Dans les familles fictives de Rambert ça n'existe tout simplement pas : on hurle, on pleure, on s'époumone mais, on réfléchit, beaucoup.

Si parfois le raisonnement politique est quelque peu convenu et attendu, le jeu y est profondément brillant. On ne peut s'empêcher de rire lorsqu'Arthur Nauzyciel sort de ses gonds sur fond d'aversion pour les magasins Desigual et Pylones, on est séduits par le magnétisme de Laurent Sauvage, touchés par le grandiose de Jacques Weber, le merveilleux duo Bonnet/Nordey - bien que les cris de la première peuvent vraiment crever nos tympans -, la tendresse juste de Marilú Marini dont on se délecte de l'accent italien qui s'invite à la fête, la sincérité d'Anne Brochet et se révèlent devant nous l'ensemble des jeunes talents que sont Paul FougèreLena GarrelJisca Kalvanda et Mathilde Viseux. S'ils courent souvent partout, c'est le moment dansé qui les réunira. Il nous tarde de découvrir la suite.





La Faille @Théâtre des Halles - Avignon, le 24 Juillet 2025

Ce n'était pas prévu mais nous avons fait un passage furtif au Festival d'Avignon, du moins au OFF, beaucoup trop tard pour le In. 


Tout commence dans l'obscurité. Le piano à queue, son pianiste porte un ciré, Léo Nivot est caché et elle, Mélissa Merlo, nous happe dès les premières tirades dans la lumière. 

Elle nous parle avec tout son cœur. Elle fait partie de ceux que décrit Serjio Pidro dans L'âme à l'envers qui "(...) respirent de la poitrine jamais des poumons (...)". Elle s'inscrit dans la famille de ceux qui "sentent". Elle incarne Solee dans La Faille du belge Serge Kribus, une adolescente dans un monde qui disparait. La Terre se désagrège. Ca commence chez elle, à Matagmi, au Canada. Chacun lutte pour sa survie. Dans un monde toujours plus individualiste, Solee souffre d' "animalie" qui la contraint à l'isolement. Animalie ? Une hypersensibilité exacerbée qui pourrait lui valoir une place en centre de rééducation. Un jour, elle brave les interdits et quitte sa mère. Elle affronte le dehors. C'est dans cette folle aventure qu'elle fera la rencontre d'Olu. Tout au long de son périple, elle échangera avec sa mère sous la forme d'une correspondance mentale. La comédienne sera tour à tour l'adolescente et sa mère. 

Dans une économie de décor, le duo nous offre la beauté des émotions crachées, qui viennent des profondeurs du cœur. Quand on connait la musique de Léo Nivot - le garçon officie dans le duo Nous Etions Une Armée -, on retrouve toute son authenticité. Les convictions autant que les angoisses résonnent, les espoirs chantent un monde meilleur et les comédiens sonnent vrais. Comme s'ils n'étaient plus sur un plateau à déclamer leur texte, chacun joue sa partition. Ils portent la sincérité comme on porterait une veste légère par saison chaude, sans embarras. Le metteur en scène Paul Pascot s'est offert un duo de comédiens brillants et séduit son public avec brio. 



Le seigneur des porcheries @MC93, le 08 Mai 2025

A roman fleuve, spectacle fleuve ! Le roman de Tristan Elgof se voit adapté pour une durée de 5 heures par la compagnie En Eaux troubles dans une mise en scène de Paul Balagué.

© Achile Bird

En résulte un spectacle total où se dessine une véritable fresque insurrectionnelle en résonnance très forte avec l'époque que nous traversons. Le décor n'est pas excessif mais profondément symbolique : des sacs poubelle, une bâche noire sur tout le sol de l'espace scénique et plus tard, c'est une forêt de tissus qui se dessine sous nos yeux qui prend son origine des cintres. L'imaginaire de la crasse et de l'odeur nauséabonde fonctionne à plein régime. 

Dans une première partie qui revient sur les origines de son protagoniste, la violence n'est jamais très loin. Verbale ou physique, elle existe. John Kaltenbrunner n'est pas un héros ordinaire ou du moins, l'ordinaire fait de lui un héros. Sombre sort que le sien. Si ce n'est pas lui qui raconte son histoire mais bien ses camarades de lutte, le récit est haletant, rythmé par des répliques aussi brutes que poétiques. 

L'ensemble des comédiens sont engagés dans des jeux énergiques voire carrément plus enragés dans la seconde partie. Ils occupent autant l'espace scénique que celui réservé aux spectateurs. A aucun moment vous ne vous sentirez sales. Peut-être simplement plus forts, plus confiants d'une certaine manière. Le propre du spectacle vivant c'est bien sa caractéristique première ; il est vivant.  

Mode d'emploi pour metteur en scène israélien en Europe @Théâtre Paris-Villette, le 25 mars 2025

Deux amis de toujours. L'un s'appelle Ido Shaked et vit à Paris, l'autre Hannan Ishay à Tel Aviv. Tous deux sont metteurs en scène et à l'invitation d'un festival européen - allemand plus spécifiquement -, les voilà amenés à créer un spectacle sur l'identité israélienne. Vaste sujet et quand on est de nature engagée, ça ne facilite pas du tout l'exercice. Le football, la cuisine, ils ont essayé de trouver des chemins détournés mais rien n'y fait, impossible de parler d'Israël sans faire mention du conflit historique. Comment faire quand celui-ci vous rattrape ?

© Julia Kampichler

Le duo parvient à créer un spectacle puissant et mordant. Le passé et le présent coexistent pour le meilleur comme pour le pire. Colonisation, antisémitisme, islamophobie européenne, fascisme et censure se retrouvent au menu et comme souvent, l'humour fait office de meilleure arme. 

La scénographie est minimaliste, fabriquée quasiment en temps réel sous nos yeux. Des cartons disséminés ça et là, un piano, une valise et un rideau blanc suffisent à imaginer un espace de répétition. Le calendrier défile à vive allure, le rythme est soutenu sans qu'aucun des ingrédients ne disparaissent. On assiste à une forme d'errance métaphysique où la négociation du duo prend toute sa place. 

Le spectacle démarre sur une scène dramatique pour progressivement devenir une réflexion sur ce qu'il serait possible de montrer, raconter. C'est bien écrit, ça sonne presque comme de l'improvisation dans certaines répliques. Débats animés, hésitations, les illusions, les rêves, les convictions tout y passe dans une profonde sincérité très appréciée. 


Le Poids des fourmis @Théâtre Paris Villette, le 07 Mars 2025

Le saviez-vous ? Le poids total des fourmis sur Terre dépasse celui des humains. Nous vous laissons méditer sur ce savoir pas si innocent.

© Yanick Macdonald

Quand vous entrez dans la salle, Nathalie Claude et Gaëtant Nadeau sont avachis sur des chaises de bureau posés sur une espèce d'îlot bordé de balles noires peuplant le plateau. 

L'écoanxiété, comme mal du siècle dernier. Jeanne (Élisabeth Smith) et Olivier (Gabriel Szabo) sont deux ados qui en ont gros. L'état du monde les indigne. Là où Jeanne est animée par la colère, Olivier désespère dans des cauchemars particulièrement anxiogènes durant lesquels on lui offre la Terre morte. Face à eux, les adultes passifs. Parents, directeur de l'école, psy, libraire alcoolique, mairesse, tous n'en ont que faire des alertes de la jeunesse. Cette jeunesse parfaitement éveillée - alerte woke ! - décide de les sensibiliser à l'occasion d'une élection scolaire inscrite dans le cadre de la "Semaine du futur" organisée par leur école.

Ce monde-là qui semble halluciné n'est pas si éloigné de la réalité dans laquelle nous vivons. La compagnie québecoiseThéâtre Bluff se donne à coeur joie dans ce spectacle nécessaire, ancré dans l'actualité. Sans basculer dans un pessimisme radical ou dans un ton super moralisateur, Le Poids des fourmis est intelligemment dosé. Exit les notions de "RSE", "CSRD", "sobriété", "durabilité". Le texte de David Paquet est un vrai régal. Abus de pouvoir et résistance citoyenne s'affrontent comme les générations. On va adorer ce duo d'ados dans lesquels il est facile de se reconnaître, ce décor complètement dingue, l'humour bien dosé et la tendresse du regard porté sur ces personnages. 

Le spectacle devient une bulle frappadingue qui rappelle que la résistance n'est pas qu'un état d'esprit, que le collectif pour peu qu'il soit véritablement bien pensé peut faire la différence. Pour reprendre les mots de son metteur en scène Philippe Cyr "Je veux croire qu'ensemble, nous avons la balance du pouvoir." A bon entendeur... 

Sans faire de bruit @Théâtre Paris-Villette, le 06 Mars 2025

Sans faire de bruit ou le délicat théâtre documentaire de l'intime. Sur le plateau de la petite salle du Théâtre Paris-Villette, un fauteuil et un abat-jour quelque peu rétro font face aux spectateurs. En s'avançant sur l'espace scénique, Louve Reiniche-Larroche dispose un matériel d'enregistrement - micro / magnéto - et pousse un fauteuil roulant inoccupé. Alors que la voix d'un homme d'un certain âge se fait entendre, la comédienne prend place sur ce fauteuil roulant et mime, donne corps à son aîné jusque dans les plus précises mimiques labiales. 

© Fred Mauviel

La comédienne incarnera avec la même précision cinq rôles. Cinq personnes de sa propre famille ; son grand-père, sa grand-mère, sa belle-soeur, son frère et sa nièce - encore enfant -. Tour à tour, ils se présentent puis témoignent pour elle de leur vision de ce qu'ils ont fini par appeler "l'accident". Le triste jour où tout a basculé pour sa mère : Brigitte. Décrite comme une femme courageuse, qui s'efface pour les autres et profondément bonne. La psychologue de métier a perdu l'audition brutalement. Celle qui a passé sa vie à écouter les autres, n'entend plus. Une tragédie réelle bien ironique. 

Le travail proposé par Tal Reueveny et Louve Reiniche-Larroche est particulièrement touchant. Si l'on pouvait facilement tomber dans le pathos, le duo fait le pari d'un spectacle sensible. La scénographie minimaliste en devient presque onirique, elle se voit amplifiée par un formidable travail sur le son. La force de Sans faire de bruit réside dans l'incroyable maîtrise du mime de Louve Reiniche-Larroche. Spectacle lauréat du prix du jury du Festival Impatience 2024, Sans faire de bruit se doit de faire très justement grand bruit. 


A découvrir en parallèle : 
Le podcast Sans faire de bruit


Elizabeth Costello @Théâtre national de la Colline, le 14 Février 2025

Le metteur en scène polonais Krzysztof Warlikowski n'a pas fini de proposer des spectacles ambitieux. Présenté à la Cour d'honneur au dernier Festival d'Avignon, le voilà repris au théâtre national de la Colline à Paris. 

 

©Magda Hueckel

Quatre heures, c'est le temps sur lequel il a déployé une véritable fresque biographique d'Elizabeth Costello, un personnage de fiction fascinant créée de toutes pièces par l'auteur sud-africain John Maxwell Coetzee. Trois interprètes pour une femme de caractère bien trempé. En témoigneront les différentes conférences universitaires qu'elle anime. Entre provocations et réflexions profondément existentielles, l'écrivaine n'a pas sa langue dans sa poche dès lors qu'elle va jusqu'à comparer l'abattage des animaux pour la consommation humaine à l'Holocauste. 

Le spectacle fait des va-et-vient entre les époques et les différents niveaux de fiction au point de vouloir faire exister la protagoniste dans les têtes, brouillant quelque peu l'esprit du spectateur. Si la scénographie est toujours aussi monumentale et dynamique et les comédiens d'une grande justesse, offrant des images fortes, nous ne comprenons pas toujours le propos. S'il ne faut pas chercher à savoir qui était Elizabeth Costello, il serait intéressant de savoir ce qu'elle pense et ce qu'elle exprime car elle est experte dans l'art de se dérober dès lors que lui est posé une question. Ce n'est pas parce que cet avis est nuancé qu'il faut s'arrêter de suivre l'oeuvre de Warlikowski. Les moments d'égarement réservent de futures belles surprises.

J'ai dans la tête un sac de frappe @Théâtre de l'Aquarium, le 01 Février 2025

Pour entrer dans le spectacle, Sylvain Sounier a conservé les codes d'un certain metteur en scène très en vogue et très apprécié par ici. Il vient nous chercher dans le hall du théâtre, il crie alors qu'on n'est pas encore rentré, il crapahute sur les tables, c'est sa manière bien à lui de nous souhaiter la bienvenue dans son monde et par extension, sa tête. 


Sylvain Sounier
 signe une création singulière dans laquelle la ligne directrice est, sans nul doute possible, l'amour du jeu au théâtre. S'il prend plaisir à singer les metteurs en scène - Vincent Macaigne et Sylvain Creuzevault pour ne pas les nommer - avec qui il a collaboré, il déclare aussi une flamme vive - et loin de s'éteindre - au théâtre. Le décor est minimaliste ; une immense toile blanche qui progressivement perdra de sa pureté avec des mots peints ; "Je me subis". Cette inscription pourrait faire froid dans le dos, elle en dit long sur certaines expériences vécues du comédien, folles sans doute, marquées par la radicalité des spectacles dans lesquels il a pu jouer. 

Les souvenirs, les (dés)illusions s'entremêlent avec humour et gravité, parfois. Les personnages sont nombreux, tous aux personnalités flamboyantes. Le comédien ne se ménage pas en se démultipliant autant. J'ai dans la tête un sac de frappe ou la beauté d'un geste sans répit. 

Le monologue de Sounier ne fait pas dans la poésie, elle n'y aurait pas sa place. On se laisse, à notre tour, frapper par la franchise qui parfois peut sembler parfaitement improvisée. Le comédien est accompagné en musique par Maxime Kerzanet, qui lui offre des moments de respiration parfois purement électroniques et d'autres, plus classiques ou même punk. 

J'ai dans la tête un sac de frappe est un spectacle que l'on dédiera à tous les comédiens en herbe qu'ils soient amateurs ou professionnels, guidés si ce n'est par l'amour du jeu, la passion d'un art total : le théâtre.

Moins que rien @Théâtre 14, le 04 Décembre 2024

Pour l'avant dernier spectacle de 2024, c'était cap au sud de Paris, pour le Théâtre 14 et voir Moins que rien mis en scène par l'artiste pluridisciplinaire Karelle Prugnaud. Son complice de longue date Eugène Durif construit une pièce d'après l'oeuvre inachevée de Georg Büchner Woyzeck.

© Vahid Amanpour

Si trois comédiens occupent l'espace dans un premier mouvement, sur fond sonore de métal, l'attention - tout comme la tension - se concentre sur Bertrand de Roffignac. Jeune comédien au jeu presque animal ici, il fait corps avec le malheureux Woyzeck soumis à la torture. Déshumanisé, Woyzeck est soumis aux aveux d'un meurtre dont on ne saura jamais vraiment s'il en a été véritablement coupable. 

Moins que rien est une épreuve physique autant que mentale. De Roffignac incarne au sens premier, il est dans la chair, dans la peau de Woyzeck. Dans une scénographie où les éléments de décor se font presque minimaliste : un mur d'écrans projetant des images de caméras de surveillance, une cabine-cuve qui se remplit toujours plus et des silhouettes militaires, le comédien est totalement aliéné, intranquille. Son personnage passe par tous les états de la folie et le jeu est pour le moins qu'on puisse dire saisissant. La mise en danger contrôlée nous effraie comme elle nous fascine, un espoir caché qu'il s'en sorte demeure à chaque fois qu'il s'élève un peu plus. Karelle Prugnaud montre ici une direction d'acteur remarquable. 

Skinless @Grande Halle de la Villette, le 24 Novembre 2024

Parler de la performance Skinless me semblait important. Bien que j'aie peu de recul sur le travail de Théo Mercier, je tenais à partager mon billet "critique". 

© Erwan Fichou

La Grande Halle de la Villette est peuplée de détritus, un "eden inversé" qualifie le plasticien. Pas n'importe lesquels. Des canettes et des amas de cartons positionnés de telle sorte qu'on croirait voir un ring. Théo Mercier explique qu'il a récupéré plusieurs dizaines de tonnes de déchets compactés. On vous laisse imaginer ce que ça peut représenter dans l'espace. Ajoutez à cela des moucherons qui ont trouvé refuge et les odeurs terribles qui en sortent. Qu'on se le dise, heureusement que le spectacle dure une cinquantaine de minutes. Ces éléments scénographiques mis de côté, place à la poésie du contenu. 

"Traiter la question du déchet et du reste amoureux, créer une sorte de parallèle entre ces objets abandonnés. Je les qualifie de peaux mortes du désir, c'est des résidus de choses qu'on a voulu très fort et qu'on veut voir aujourd'hui disparaître" explique Théo Mercier Et si on se fie à cette explication, ce qui se déroule sous nos yeux devient une séquence de l'amour naissant sous les yeux d'une divinité nouvelle. Un Shiva qui observe ce mécanisme en légère surélévation. Pas même à la hauteur des spectateurs, simples mortels. Attirance, rejet, découverte, appréciation, évolution, tentative de reproduction : tout y passe. Et se dégage une forme de sensualité. Les corps totalement "latexés" s'imprègnent des émotions brutes sans un mot. Seuls les corps en mouvement s'expriment en se perdant, se rattrapant. Et nous, on sort conquis. 



Inconditionnelles @Bouffes du Nord, le 22 Novembre 2024

 

© Christophe Raynaud de Lage

L'espace scénique est quadrillé. Les corps occupent l'espace de façon très géométrique. C'est physique, et contraignant, c'est Inconditionnelles de Kae Tempest mis en scène par Dorothée Munyanez

Tout tourne autour de Chess - incarnée par Grace Seri - purge une longue peine pour homicide et Serena - portée par Bwanga Pilipili - s'apprête à sortir, elle a obtenu sa libération conditionnelle. Le problème : elles se sont attachées l'une à l'autre. La première se réfugie dans le chant en étant accompagnée par la tendre professeur Silver - Sondos Belhassen -, la seconde gère de son mieux sa vie en dehors des murs. Face à face, côte à côte puis brutalement de l'autre côté du mur. 

La langue de Kae Tempest est connue pour être franche, sans détour. Grace Seri rayonne. Elle parvient à porter toute la fragilité de son personnage, son mal être. Sur les murs, sur les pavés, à toute heure du jour et de la nuit, Chess griffonne des textes. Partagée entre colère et tristesse, elle est désemparée. Son ancienne codétenue ne sait plus comment faire, comment s'y prendre avec elle. Maintenant qu'elle est dehors, rien ne lui semble simple. Comme si la vie dedans lui rendait finalement service. 

Se libérer physiquement et psychiquement ne sont pas incompatibles mais peuvent être entretenus dans deux corps. Une vie comme en symétrie. La géométrie de l'espace toujours là. Sans pour autant que Chess ne soit lié à la notion du jeu d'échecs, ses déplacements sont tour à tour celui d'un pion malléable, de folle ou encore de reine. Seule Silver pourrait faire office de cavalière. Et la tour serait la brute de gardienne - discrète Davide-Christelle Sanve -. 

Si la première partie est faite de quelques faiblesses, le jeu gagne en puissance dans la seconde. Les actrices se révèlent plus confiantes et peu à peu, elles s'impliquent plus intensément. Le décor unique des Bouffes du Nord gagnerait à être davantage exploité physiquement. 


Sur l'autre rive @Théâtre du Rond-Point, le 10 Novembre 2024

Une petite année plus tôt, nous découvrions l'adaptation de La Mouette par le Collectif MxM dirigé par le metteur en scène Cyril Teste. Le presque cinquantenaire poursuit son voyage dans la littérature du russe Tchekhov en adaptant cette fois-ci Platonov en l'intitulant Sur l'autre rive. Créé aux Amandiers et repris au Théâtre du Rond-Point, nous avons eu l'occasion de la découvrir à sa reprise. 

© Simon Gosselin

Les soirées d'été ont toujours quelque chose de beau au-delà du soleil agréable qui vient se poser sur la peau. Ce sont des occasions pour organiser des grands banquets jusqu'au bout de la nuit, s'entourer de ses proches et célébrer la vie. 

L'organisatrice de celui de ce soir c'est Anna Petrovna - incarnée par la magnétique Olivia Corsini terrible dans La Mouette -. Valsent autour d'elles de nombreux convives de tous les bords plus ou moins fortunés - portés par des figurants amateurs invités à prendre part à la fête -. Si la fête se veut belle, le fond est triste. S'il n'est point question d'un bal masqué, les masques tombent à mesure que les verres se remplissent et que s'écoulent les heures. Les faiblesses humaines se voient, les jalousies se révèlent, le décor craquèle, l'argent règne. 

Notre sensibilité au travail de Cyril Teste est ravie. Les dialogues sont inscrits dans un registre contemporain faisant de l'oeuvre slave un récit intemporel. Les comédiens sont tous saisissants, chargés d'une intensité dramatique voire burlesques à certains moments pour Vincent Berger dans le rôle titre - les spectateurs comprendront de quoi il s'agit si nous parlons ici d'enroulement de tapis - et Haini Wang touche par sa justesse, la sensibilité de son personnage. 



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Petites joueuses @Musée du Louvre, le 07 Novembre 2024


Comment parler de la performance
Petites joueuses ? Conçue par le danseur François Chaignaud - découvert il y a quelques temps avec le superbe Gold shower aux côtés d'Akaji Maro dans ce même cadre que le Festival d'Automne -, Petites joueuses nous invite dans les profondeurs du Louvre. Selon l'heure à laquelle vous vous y rendez, vous avez la possibilité de découvrir l'exposition Figures du fou. Du Moyen âge aux romantiques avant ou après la représentation. Le fait d'y aller avant nous a permis d'inscrire la performance dans le prolongement l'exposition. Et rien que pour ça, c'est beau. 

Vous entrez par une porte très commune et voilà que vous pénétrez dans une parenthèse hors du temps. Oubliez les tableaux, les œuvres et saluez la pierre froide, sentez l'humidité. Vous voilà dans les tréfonds de l'incontournable musée parisien, dans les allées du Louvre médiéval. Vos mouvements sont libres, pas de circuit prédéfini si ce n'est celui de votre instinct. 

Sur votre chemin, laissez vous surprendre par des créatures tout de rouge vêtues. Elles jouent avec un ballon, elles courent dans des espèces de fossés, elles se suspendent, elles font des bulles ou dansent une chorégraphie médiévale - une tentative de mauresque ? - ... Légèreté et douceur s'invitent à la fête, fantaisie aussi. La créature chante parfois. Sans trop savoir laquelle pose sa voix, laissez vous porter par les regards. Tenez-les si vous y parvenez. Votre déambulation s'achève quand bon vous semblera.