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Antigone à Molenbeek & Tirésias @MC93, le 07 Novembre 2021

 

Deux spectacles en un à la Maison de la Culture de la Seine Saint-Denis. Le Festival d'Automne programme le metteur en scène flamand Guy Cassiers avec sa création double Antigone à Molenbeek & Tirésias. Deux femmes, deux générations de comédiennes : Ghita Serraj pour la première pièce, Valérie Dréville pour la seconde. Les deux femmes sont accompagnées par le Quatuor Debussy.Parsemé de tables en verre et autres installations plus techniques, le plateau de la salle Oleg Efremov est investi de toutes parts. 

© Simon Gosselin

La jeune Ghita Serraj arrive au centre, ses longues boucles brunes rebondissent sur ses épaules. Elle porte une jupe à fleurs, clame son texte. Tantôt envahie par le désespoir, tantôt par la rage, la comédienne navigue entre les registres. Dans Antigone à Molenbeek, Antigone - devenue Nouria - veut enterrer son frère, terroriste kamikaze. Il n'en reste rien et la société ne veut plus avoir affaire à celui qui a commis l'impardonnable. Si quelques aléas techniques ponctuent certains passages, on pourrait y voir un parti pris du flamand : mettre en scène l'inaudible. Ghita Serraj vibre, elle est sincère dans son jeu mais les émotions sont quelque peu déformées à défaut d'être amplifiées.    

© Simon Gosselin

Dans Tirésias, Valérie Dréville donne sa voix aux mots de la poétesse Kae Tempest et bouleverse.  Elle nous envoûte par son phrasé si juste. Tour à tour enfant, homme, femme, Valérie Dréville incarne toutes les métamorphoses sans avoir à changer son corps, son regard captive. Et lorsqu'elle s'enfonce dans la forêt d'arbres métalliques, on la suit à l'écran, au plus près. 

Toutes les deux sont suivies de (très) près par le Quatuor Debussy qui apporte un supplément de dramaturgie sur fond de Chostakovitch qui prend des allures hitchcockiennes. Des moments poétiques aussi lorsque chaque membre se renvoie une note échappée d'un des violons. Et comme une balle elle est réceptionnée, retournée. Un sport d'équipe.

Antigone à Molenbeek & Tirésias s'avère une création en diptyque qui séduit malgré certains aléas techniques, qui fonctionne, qui donne la part belle aux femmes et par extension à l'humanité.

Rester vivant @Théâtre du Rond-Point, le 20 Décembre 2014

Préparez-vous à entrer dans la salle Roland Topor. 
Vingt et une heure a déjà sonné.

Il fait nuit. Une nuit noire s’est abattue, le voyage durera deux heures et demie. Pas d’échappatoire. Que vous ayez les yeux clos ou les yeux ouverts, la vision est la même.

Seule la voix d’Yves-Noël Genod se fait guide. Il alterne poèmes et commentaires sur l’œuvre de Charles Baudelaire. Il tousse, il répète, il fait revivre l’âme du poète. Lucidité et spleen sont retrouvés pour nous emporter.

Toute la beauté des textes du poète ressurgit dans cette obscurité provoquant la concentration. L’intimité entre le spectateur et le poète se créée. Les vers du recueil Les Fleurs du mal traversent les spectateurs, les font peut-être tressaillir. Tantôt la voix murmure, tantôt elle crie.

Dans ce noir absolu, Genod fait quelques pas, déambule, veille sur les voyageurs. On note quelques apparitions phosphorescentes, rappelant le fantôme du poète qui erre. Ce voyage n’a pas de réelle destination en revanche il a un objectif : nous rendre encore plus vivants.

Il ne faut pas chercher le sens, le noir nous rend égaux pendant qu’un homme tente d’élever nos âmes.