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La Faille @Théâtre des Halles - Avignon, le 24 Juillet 2025

Ce n'était pas prévu mais nous avons fait un passage furtif au Festival d'Avignon, du moins au OFF, beaucoup trop tard pour le In. 


Tout commence dans l'obscurité. Le piano à queue, son pianiste porte un ciré, Léo Nivot est caché et elle, Mélissa Merlo, nous happe dès les premières tirades dans la lumière. 

Elle nous parle avec tout son cœur. Elle fait partie de ceux que décrit Serjio Pidro dans L'âme à l'envers qui "(...) respirent de la poitrine jamais des poumons (...)". Elle s'inscrit dans la famille de ceux qui "sentent". Elle incarne Solee dans La Faille du belge Serge Kribus, une adolescente dans un monde qui disparait. La Terre se désagrège. Ca commence chez elle, à Matagmi, au Canada. Chacun lutte pour sa survie. Dans un monde toujours plus individualiste, Solee souffre d' "animalie" qui la contraint à l'isolement. Animalie ? Une hypersensibilité exacerbée qui pourrait lui valoir une place en centre de rééducation. Un jour, elle brave les interdits et quitte sa mère. Elle affronte le dehors. C'est dans cette folle aventure qu'elle fera la rencontre d'Olu. Tout au long de son périple, elle échangera avec sa mère sous la forme d'une correspondance mentale. La comédienne sera tour à tour l'adolescente et sa mère. 

Dans une économie de décor, le duo nous offre la beauté des émotions crachées, qui viennent des profondeurs du cœur. Quand on connait la musique de Léo Nivot - le garçon officie dans le duo Nous Etions Une Armée -, on retrouve toute son authenticité. Les convictions autant que les angoisses résonnent, les espoirs chantent un monde meilleur et les comédiens sonnent vrais. Comme s'ils n'étaient plus sur un plateau à déclamer leur texte, chacun joue sa partition. Ils portent la sincérité comme on porterait une veste légère par saison chaude, sans embarras. Le metteur en scène Paul Pascot s'est offert un duo de comédiens brillants et séduit son public avec brio. 



Le seigneur des porcheries @MC93, le 08 Mai 2025

A roman fleuve, spectacle fleuve ! Le roman de Tristan Elgof se voit adapté pour une durée de 5 heures par la compagnie En Eaux troubles dans une mise en scène de Paul Balagué.

© Achile Bird

En résulte un spectacle total où se dessine une véritable fresque insurrectionnelle en résonnance très forte avec l'époque que nous traversons. Le décor n'est pas excessif mais profondément symbolique : des sacs poubelle, une bâche noire sur tout le sol de l'espace scénique et plus tard, c'est une forêt de tissus qui se dessine sous nos yeux qui prend son origine des cintres. L'imaginaire de la crasse et de l'odeur nauséabonde fonctionne à plein régime. 

Dans une première partie qui revient sur les origines de son protagoniste, la violence n'est jamais très loin. Verbale ou physique, elle existe. John Kaltenbrunner n'est pas un héros ordinaire ou du moins, l'ordinaire fait de lui un héros. Sombre sort que le sien. Si ce n'est pas lui qui raconte son histoire mais bien ses camarades de lutte, le récit est haletant, rythmé par des répliques aussi brutes que poétiques. 

L'ensemble des comédiens sont engagés dans des jeux énergiques voire carrément plus enragés dans la seconde partie. Ils occupent autant l'espace scénique que celui réservé aux spectateurs. A aucun moment vous ne vous sentirez sales. Peut-être simplement plus forts, plus confiants d'une certaine manière. Le propre du spectacle vivant c'est bien sa caractéristique première ; il est vivant.  

Mode d'emploi pour metteur en scène israélien en Europe @Théâtre Paris-Villette, le 25 mars 2025

Deux amis de toujours. L'un s'appelle Ido Shaked et vit à Paris, l'autre Hannan Ishay à Tel Aviv. Tous deux sont metteurs en scène et à l'invitation d'un festival européen - allemand plus spécifiquement -, les voilà amenés à créer un spectacle sur l'identité israélienne. Vaste sujet et quand on est de nature engagée, ça ne facilite pas du tout l'exercice. Le football, la cuisine, ils ont essayé de trouver des chemins détournés mais rien n'y fait, impossible de parler d'Israël sans faire mention du conflit historique. Comment faire quand celui-ci vous rattrape ?

© Julia Kampichler

Le duo parvient à créer un spectacle puissant et mordant. Le passé et le présent coexistent pour le meilleur comme pour le pire. Colonisation, antisémitisme, islamophobie européenne, fascisme et censure se retrouvent au menu et comme souvent, l'humour fait office de meilleure arme. 

La scénographie est minimaliste, fabriquée quasiment en temps réel sous nos yeux. Des cartons disséminés ça et là, un piano, une valise et un rideau blanc suffisent à imaginer un espace de répétition. Le calendrier défile à vive allure, le rythme est soutenu sans qu'aucun des ingrédients ne disparaissent. On assiste à une forme d'errance métaphysique où la négociation du duo prend toute sa place. 

Le spectacle démarre sur une scène dramatique pour progressivement devenir une réflexion sur ce qu'il serait possible de montrer, raconter. C'est bien écrit, ça sonne presque comme de l'improvisation dans certaines répliques. Débats animés, hésitations, les illusions, les rêves, les convictions tout y passe dans une profonde sincérité très appréciée. 


Le Poids des fourmis @Théâtre Paris Villette, le 07 Mars 2025

Le saviez-vous ? Le poids total des fourmis sur Terre dépasse celui des humains. Nous vous laissons méditer sur ce savoir pas si innocent.

© Yanick Macdonald

Quand vous entrez dans la salle, Nathalie Claude et Gaëtant Nadeau sont avachis sur des chaises de bureau posés sur une espèce d'îlot bordé de balles noires peuplant le plateau. 

L'écoanxiété, comme mal du siècle dernier. Jeanne (Élisabeth Smith) et Olivier (Gabriel Szabo) sont deux ados qui en ont gros. L'état du monde les indigne. Là où Jeanne est animée par la colère, Olivier désespère dans des cauchemars particulièrement anxiogènes durant lesquels on lui offre la Terre morte. Face à eux, les adultes passifs. Parents, directeur de l'école, psy, libraire alcoolique, mairesse, tous n'en ont que faire des alertes de la jeunesse. Cette jeunesse parfaitement éveillée - alerte woke ! - décide de les sensibiliser à l'occasion d'une élection scolaire inscrite dans le cadre de la "Semaine du futur" organisée par leur école.

Ce monde-là qui semble halluciné n'est pas si éloigné de la réalité dans laquelle nous vivons. La compagnie québecoiseThéâtre Bluff se donne à coeur joie dans ce spectacle nécessaire, ancré dans l'actualité. Sans basculer dans un pessimisme radical ou dans un ton super moralisateur, Le Poids des fourmis est intelligemment dosé. Exit les notions de "RSE", "CSRD", "sobriété", "durabilité". Le texte de David Paquet est un vrai régal. Abus de pouvoir et résistance citoyenne s'affrontent comme les générations. On va adorer ce duo d'ados dans lesquels il est facile de se reconnaître, ce décor complètement dingue, l'humour bien dosé et la tendresse du regard porté sur ces personnages. 

Le spectacle devient une bulle frappadingue qui rappelle que la résistance n'est pas qu'un état d'esprit, que le collectif pour peu qu'il soit véritablement bien pensé peut faire la différence. Pour reprendre les mots de son metteur en scène Philippe Cyr "Je veux croire qu'ensemble, nous avons la balance du pouvoir." A bon entendeur... 

Sans faire de bruit @Théâtre Paris-Villette, le 06 Mars 2025

Sans faire de bruit ou le délicat théâtre documentaire de l'intime. Sur le plateau de la petite salle du Théâtre Paris-Villette, un fauteuil et un abat-jour quelque peu rétro font face aux spectateurs. En s'avançant sur l'espace scénique, Louve Reiniche-Larroche dispose un matériel d'enregistrement - micro / magnéto - et pousse un fauteuil roulant inoccupé. Alors que la voix d'un homme d'un certain âge se fait entendre, la comédienne prend place sur ce fauteuil roulant et mime, donne corps à son aîné jusque dans les plus précises mimiques labiales. 

© Fred Mauviel

La comédienne incarnera avec la même précision cinq rôles. Cinq personnes de sa propre famille ; son grand-père, sa grand-mère, sa belle-soeur, son frère et sa nièce - encore enfant -. Tour à tour, ils se présentent puis témoignent pour elle de leur vision de ce qu'ils ont fini par appeler "l'accident". Le triste jour où tout a basculé pour sa mère : Brigitte. Décrite comme une femme courageuse, qui s'efface pour les autres et profondément bonne. La psychologue de métier a perdu l'audition brutalement. Celle qui a passé sa vie à écouter les autres, n'entend plus. Une tragédie réelle bien ironique. 

Le travail proposé par Tal Reueveny et Louve Reiniche-Larroche est particulièrement touchant. Si l'on pouvait facilement tomber dans le pathos, le duo fait le pari d'un spectacle sensible. La scénographie minimaliste en devient presque onirique, elle se voit amplifiée par un formidable travail sur le son. La force de Sans faire de bruit réside dans l'incroyable maîtrise du mime de Louve Reiniche-Larroche. Spectacle lauréat du prix du jury du Festival Impatience 2024, Sans faire de bruit se doit de faire très justement grand bruit. 


A découvrir en parallèle : 
Le podcast Sans faire de bruit


Elizabeth Costello @Théâtre national de la Colline, le 14 Février 2025

Le metteur en scène polonais Krzysztof Warlikowski n'a pas fini de proposer des spectacles ambitieux. Présenté à la Cour d'honneur au dernier Festival d'Avignon, le voilà repris au théâtre national de la Colline à Paris. 

 

©Magda Hueckel

Quatre heures, c'est le temps sur lequel il a déployé une véritable fresque biographique d'Elizabeth Costello, un personnage de fiction fascinant créée de toutes pièces par l'auteur sud-africain John Maxwell Coetzee. Trois interprètes pour une femme de caractère bien trempé. En témoigneront les différentes conférences universitaires qu'elle anime. Entre provocations et réflexions profondément existentielles, l'écrivaine n'a pas sa langue dans sa poche dès lors qu'elle va jusqu'à comparer l'abattage des animaux pour la consommation humaine à l'Holocauste. 

Le spectacle fait des va-et-vient entre les époques et les différents niveaux de fiction au point de vouloir faire exister la protagoniste dans les têtes, brouillant quelque peu l'esprit du spectateur. Si la scénographie est toujours aussi monumentale et dynamique et les comédiens d'une grande justesse, offrant des images fortes, nous ne comprenons pas toujours le propos. S'il ne faut pas chercher à savoir qui était Elizabeth Costello, il serait intéressant de savoir ce qu'elle pense et ce qu'elle exprime car elle est experte dans l'art de se dérober dès lors que lui est posé une question. Ce n'est pas parce que cet avis est nuancé qu'il faut s'arrêter de suivre l'oeuvre de Warlikowski. Les moments d'égarement réservent de futures belles surprises.

J'ai dans la tête un sac de frappe @Théâtre de l'Aquarium, le 01 Février 2025

Pour entrer dans le spectacle, Sylvain Sounier a conservé les codes d'un certain metteur en scène très en vogue et très apprécié par ici. Il vient nous chercher dans le hall du théâtre, il crie alors qu'on n'est pas encore rentré, il crapahute sur les tables, c'est sa manière bien à lui de nous souhaiter la bienvenue dans son monde et par extension, sa tête. 


Sylvain Sounier
 signe une création singulière dans laquelle la ligne directrice est, sans nul doute possible, l'amour du jeu au théâtre. S'il prend plaisir à singer les metteurs en scène - Vincent Macaigne et Sylvain Creuzevault pour ne pas les nommer - avec qui il a collaboré, il déclare aussi une flamme vive - et loin de s'éteindre - au théâtre. Le décor est minimaliste ; une immense toile blanche qui progressivement perdra de sa pureté avec des mots peints ; "Je me subis". Cette inscription pourrait faire froid dans le dos, elle en dit long sur certaines expériences vécues du comédien, folles sans doute, marquées par la radicalité des spectacles dans lesquels il a pu jouer. 

Les souvenirs, les (dés)illusions s'entremêlent avec humour et gravité, parfois. Les personnages sont nombreux, tous aux personnalités flamboyantes. Le comédien ne se ménage pas en se démultipliant autant. J'ai dans la tête un sac de frappe ou la beauté d'un geste sans répit. 

Le monologue de Sounier ne fait pas dans la poésie, elle n'y aurait pas sa place. On se laisse, à notre tour, frapper par la franchise qui parfois peut sembler parfaitement improvisée. Le comédien est accompagné en musique par Maxime Kerzanet, qui lui offre des moments de respiration parfois purement électroniques et d'autres, plus classiques ou même punk. 

J'ai dans la tête un sac de frappe est un spectacle que l'on dédiera à tous les comédiens en herbe qu'ils soient amateurs ou professionnels, guidés si ce n'est par l'amour du jeu, la passion d'un art total : le théâtre.

Moins que rien @Théâtre 14, le 04 Décembre 2024

Pour l'avant dernier spectacle de 2024, c'était cap au sud de Paris, pour le Théâtre 14 et voir Moins que rien mis en scène par l'artiste pluridisciplinaire Karelle Prugnaud. Son complice de longue date Eugène Durif construit une pièce d'après l'oeuvre inachevée de Georg Büchner Woyzeck.

© Vahid Amanpour

Si trois comédiens occupent l'espace dans un premier mouvement, sur fond sonore de métal, l'attention - tout comme la tension - se concentre sur Bertrand de Roffignac. Jeune comédien au jeu presque animal ici, il fait corps avec le malheureux Woyzeck soumis à la torture. Déshumanisé, Woyzeck est soumis aux aveux d'un meurtre dont on ne saura jamais vraiment s'il en a été véritablement coupable. 

Moins que rien est une épreuve physique autant que mentale. De Roffignac incarne au sens premier, il est dans la chair, dans la peau de Woyzeck. Dans une scénographie où les éléments de décor se font presque minimaliste : un mur d'écrans projetant des images de caméras de surveillance, une cabine-cuve qui se remplit toujours plus et des silhouettes militaires, le comédien est totalement aliéné, intranquille. Son personnage passe par tous les états de la folie et le jeu est pour le moins qu'on puisse dire saisissant. La mise en danger contrôlée nous effraie comme elle nous fascine, un espoir caché qu'il s'en sorte demeure à chaque fois qu'il s'élève un peu plus. Karelle Prugnaud montre ici une direction d'acteur remarquable. 

Inconditionnelles @Bouffes du Nord, le 22 Novembre 2024

 

© Christophe Raynaud de Lage

L'espace scénique est quadrillé. Les corps occupent l'espace de façon très géométrique. C'est physique, et contraignant, c'est Inconditionnelles de Kae Tempest mis en scène par Dorothée Munyanez

Tout tourne autour de Chess - incarnée par Grace Seri - purge une longue peine pour homicide et Serena - portée par Bwanga Pilipili - s'apprête à sortir, elle a obtenu sa libération conditionnelle. Le problème : elles se sont attachées l'une à l'autre. La première se réfugie dans le chant en étant accompagnée par la tendre professeur Silver - Sondos Belhassen -, la seconde gère de son mieux sa vie en dehors des murs. Face à face, côte à côte puis brutalement de l'autre côté du mur. 

La langue de Kae Tempest est connue pour être franche, sans détour. Grace Seri rayonne. Elle parvient à porter toute la fragilité de son personnage, son mal être. Sur les murs, sur les pavés, à toute heure du jour et de la nuit, Chess griffonne des textes. Partagée entre colère et tristesse, elle est désemparée. Son ancienne codétenue ne sait plus comment faire, comment s'y prendre avec elle. Maintenant qu'elle est dehors, rien ne lui semble simple. Comme si la vie dedans lui rendait finalement service. 

Se libérer physiquement et psychiquement ne sont pas incompatibles mais peuvent être entretenus dans deux corps. Une vie comme en symétrie. La géométrie de l'espace toujours là. Sans pour autant que Chess ne soit lié à la notion du jeu d'échecs, ses déplacements sont tour à tour celui d'un pion malléable, de folle ou encore de reine. Seule Silver pourrait faire office de cavalière. Et la tour serait la brute de gardienne - discrète Davide-Christelle Sanve -. 

Si la première partie est faite de quelques faiblesses, le jeu gagne en puissance dans la seconde. Les actrices se révèlent plus confiantes et peu à peu, elles s'impliquent plus intensément. Le décor unique des Bouffes du Nord gagnerait à être davantage exploité physiquement. 


Sur l'autre rive @Théâtre du Rond-Point, le 10 Novembre 2024

Une petite année plus tôt, nous découvrions l'adaptation de La Mouette par le Collectif MxM dirigé par le metteur en scène Cyril Teste. Le presque cinquantenaire poursuit son voyage dans la littérature du russe Tchekhov en adaptant cette fois-ci Platonov en l'intitulant Sur l'autre rive. Créé aux Amandiers et repris au Théâtre du Rond-Point, nous avons eu l'occasion de la découvrir à sa reprise. 

© Simon Gosselin

Les soirées d'été ont toujours quelque chose de beau au-delà du soleil agréable qui vient se poser sur la peau. Ce sont des occasions pour organiser des grands banquets jusqu'au bout de la nuit, s'entourer de ses proches et célébrer la vie. 

L'organisatrice de celui de ce soir c'est Anna Petrovna - incarnée par la magnétique Olivia Corsini terrible dans La Mouette -. Valsent autour d'elles de nombreux convives de tous les bords plus ou moins fortunés - portés par des figurants amateurs invités à prendre part à la fête -. Si la fête se veut belle, le fond est triste. S'il n'est point question d'un bal masqué, les masques tombent à mesure que les verres se remplissent et que s'écoulent les heures. Les faiblesses humaines se voient, les jalousies se révèlent, le décor craquèle, l'argent règne. 

Notre sensibilité au travail de Cyril Teste est ravie. Les dialogues sont inscrits dans un registre contemporain faisant de l'oeuvre slave un récit intemporel. Les comédiens sont tous saisissants, chargés d'une intensité dramatique voire burlesques à certains moments pour Vincent Berger dans le rôle titre - les spectateurs comprendront de quoi il s'agit si nous parlons ici d'enroulement de tapis - et Haini Wang touche par sa justesse, la sensibilité de son personnage. 



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Lieux Communs @Théâtre Public de Montreuil, le 24 Septembre 2024

Avant de poser ses bagages à Montreuil, Lieux Communs de Baptiste Amman est passé par la case Avignon. La pièce pouvait être un roman tant elle mélange les genres. Thriller et poésie se côtoient, philosophie et par extension politique se mêlent - sur fond de sujets bien ancrés dans l'actualité que sont les féminicides, l'immigration, l'extrême droite, la radicalité ou encore la liberté d'expression. 

© Christophe Raynaud de Lage

Toute la difficulté de ce texte est de ne pas faire dominer un genre plus qu'un autre, l'équilibre est plutôt bien trouvé, la langue est vraiment soignée néanmoins quelques petits mécanismes ne fonctionnent pas toujours. Sur le plateau, quatre espaces : un théâtre, un atelier, un plateau télé et un commissariat. La plupart derrière des parois vitrées. Les intrigues s'entrecroisent. Parfois, elles dialoguent littéralement. 

Un point de départ : une femme retrouvée morte - fille d'un homme politique d'extrême droite - par défénestration. Suicide ou meurtre ? La pièce ne met pas en scène l'enquête mais les répercussions sur différents protagonistes : une metteuse en scène qui adapte les textes du coupable, les médias, le frère de la victime, la soeur du présumé coupable, un flic... On revient sur les origines de la violence évidemment mais on navigue dans tous les points de vue, tous parfaitement audibles. Véritable reflet de la complexité singulière dont se pare chaque "histoire #Metoo". 

Le jeu des huit comédiens est pour le moins convaincant, l'énergie collective est belle, le réalisme est saisissant. Toutefois, le propos laisse peu de place au mystère, les croisements ne fonctionnent pas toujours - on note un tableau en particulier où l'espace scénique est scindé en deux et les répliques se répondent sans véritable sens au risque de perdre les spectateurs -. 

Maistre Pierre Pathelin @Théâtre des Loges, le 23 Juin 2024

Depuis une vingtaine d'années, la Troupe du Théâtre des Loges jouit d'un lieu exceptionnel à Pantin pour héberger ses créations ; un ancien lavoir dont la partie la plus ancienne est un héritage de la fin du XIXème siècle. Quel lieu rêvé pour interpréter Maistre Pierre Pathelin - farce anonyme du XVème siècle plus connue sous le nom de La Farce de Maître Pathelin -. Aujourd'hui menacé de destruction, il est important de s'engager à ses côtés pour qu'il puisse continuer à exister.

Comme toute farce qui se respecte, elle met en scène un naïf - ici un drapier interprété par Benoit Gauthier - qui se fait avoir par son entourage - un couple composé de l'avocat Maistre Pierre Pathelin (Paul Lemonnier) et de sa femme complice Guillemette (Soledad Lida) -. 

Si le lieu est déjà magnifique, l'espace scénique l'est tout autant : une charrette à foin branlante mais suffisamment stable pour faire tenir les comédiens qui dans leurs costumes rappellent les tréteaux sur lesquels les acteurs jouaient les premières farces - voyez l'exemple de ce qui se passe dans l'inoubliable Molière d'Ariane Mnouchkine -. La Troupe du Théâtre des Loges sous la direction de son metteur en scène Michel Mourtérot nous livre un spectacle familial de grande qualité. On pourrait se croire dans un tableau de Gustave Courbet : les costumes, les lumières, tout est particulièrement réussi. 

Les cinq comédiens nous transmettent avec fougue une farce dans ce qu'elle a de plus cruellement drôle autant dans sa forme - le dialecte d'Île-de-France mâtiné de particularismes angevins impeccablement interprété en vers octosyllabiques - que dans son fond. Les grimaces, le jeu, l'art théâtral est maîtrisé de bout en bout. Reprise prévue à l'automne, nous ne pouvons que vous recommander chaudement de vous y presser. 





Un faux pas dans la vie d'Emma Picard @Essaïon Théâtre, le 27 Mai 2024

Le roman de Mathieu Belezi résonne avec L'art de perdre d'Alice Zeniter. Les deux textes ont été adaptés au théâtre en cette saison 2023-2024. 

Un faux pas dans la vie d'Emma Picard est une petite tragédie méconnue inscrite dans l'Histoire de la colonisation française. L'histoire d'une femme, Emma Picard, dans les années 1860 qui échappe à la misère française en allant en Algérie. On lui a promis des terres à cultiver. Elles lui sont octroyées par le gouvernement français ; "des terres qui ne veulent et ne voudront jamais de nous".

C'est la comédienne Marie Moriette qui prendra les traits d'Emma Picard. Elle livre un jeu particulièrement poignant où elle dialogue avec un lit d'enfant. Elle nous narre la misère qu'elle traverse. Les tempêtes, les disparitions, les invasions de sauterelles, les visites de fonctionnaires véreux... Tout y passe. Un faux pas dans la vie d'Emma Picard est le récit d'une femme qui s'est battue courageusement tout au long de sa vie. Aussi fictive que soit la personnage, l'histoire est saisissante.  

Marie Moriette déploie une palette d'émotions intenses dans une mise en scène pensée en duo avec Emmanuel Hérault qui frappe par sa sobriété. La musique quasi absente pour mieux saisir la solitude traversée. Le seul son sera le cri du cœur d'une femme désespérée.

Puisque tu pars @Essaïon Théâtre, le 28 Mars 2024

Dans ton histoire
Garde en mémoire
Notre au revoir
Puisque tu pars

Jean-Jacques Goldman

© Jacky Mercien

Quand un ado - Gaspard Martin Laprade - un brin misanthrope mais surtout en profond mal-être se décide à fuguer pour aller au Festival du Cidre au Havre pour aller voir Jean-Jacques Goldman en concert c'est qu'il va vraiment très mal. Non pas qu'on n'aime pas l'un des plus grands paroliers français mais il faut admettre qu'on pourrait avoir des rêves un peu plus ambitieux. C'est même ce que lui dit son oncle musicien - Bruno Bayeux -. Et comme ce dernier est un grand enfant, ça ne l'empêche pas de vouloir le suivre dans cette aventure. Si le premier ne voulait pas avoir le second dans les pattes, c'est raté.

Puisque tu pars est le récit de cette folle histoire. Elle n'a rien d'extraordinaire factuellement. Mais il fallait la penser, l'écrire avec des mots justes - ceux de Quentin Martin Laprade - et la jouer avec les bonnes émotions. C'est ce qu'est parvenu à faire le duo Bruno Bayeux et Gaspard Martin Laprade sous la direction du metteur en scène Joseph Laurent. Les protagonistes sont portés par des comédiens généreux, doux et parfaitement complices. Bruno Bayeux entretient son jeu clownesque sincère qu'on l'a vu exploiter pour Thomas Jolly et Gaspard Martin Laprade se révèle profondément juste - il faut dire aussi qu'il était enfant quand il a joué aux côtés de son acolyte - quand il expose ses théories appuyées par celles de ses aînés Kant et Schopenhauer. L'amour, la vie, la définition même de rock star, les sujets bons à être dissertés ne manquent pas pour deux êtres aussi différents qu'attachants. 


Il faudra que tu m'aimes le jour où j'aimerai pour la première fois sans toi @Théâtre Paris Villette, le 21 Mars 2024

Si on devait faire une compétition avec les spectacles au titre le plus long, Il faudra que tu m'aimes le jour où j'aimerai pour la première fois sans toi est en bonne position aux côtés de La très bouleversante confession de l'homme qui a abattu le plus grand fils de pute que la terre ait porté. Au-delà de la plaisanterie, ils ont se sont trouvés un autre point commun.

© Guillaume Castelot

Dans cette pièce jeune public voire adulescent, Alexandra Cismondi s'est intéressée à l'adolescence et ses bouleversements dans une époque chahutée - pas si éloignée de la nôtre finalement -. Lo - interprétée par Lou Chauvain -  s'apprête à prendre une année de plus mais ce soir-là, toute la famille - Christophe PaouAnne-Elodie SorlinAlexandra Cismondi - retient son souffle. 

Parentalité, deuil, terrorisme, premier amour, militantisme, nouvelles technologies, tous ces sujets sont présents dans cette pièce. En peu de temps, elle a réussi à tous les positionner. A l'image d'un adolescent, c'est intense, profond et peut-être parfois un peu maladroit. Tout se passe très vite. Le public n'est pas un simple public de spectateurs, certains d'entre nous sont des personnages. 

Qui nous aurait prévenu ? Pour la déflagration de l'entrée dans la vie d'adulte, qui mieux que soi-même peut l'appréhender ? C'est un spectacle à l'image du public visé, ça se vit très fort. C'est aussi audacieux, poétique que tragique. Les quatre comédiens principaux passent dans toutes les émotions, certains se glissent dans plus d'un rôle à la fois. Un spectacle en montagnes russes comme on les aime, qui nous rappellent que nous sommes vivants et peut-être profondément humains. 

Je n'ai pas le don de parler @Théâtre L'Echangeur, le 18 Mars 2024

Présenté au CDN d'Aubervilliers, au Studio-Théâtre de Vitry, il est arrivé jusqu'au Théâtre de l'Echangeur à Bagnolet et c'est ici que nous sommes allés découvrir Je n'ai pas le don de parler. Un spectacle pour le moins curieux qui prend des allures d'OTNI - Objet Théâtral Non Identifié -. 

© Anthony Devaux

Qui pourrait croire que derrière ce curieux titre se cache une relecture du conte Blanche-Neige des frères Grimm par Robert Walser et ses Petits textes poétiques ? La metteure en scène Agathe Paysant s'en est appropriée la matière pour transposer la pièce dans un univers qui n'existe pas. Le spectateur se le créée mentalement. Le plateau est entièrement drapé de noir. Rien ne laisse penser qu'il s'agit de la légendaire forêt, pas même un arbre. Tout au fond, un comédien - Marc-Antoine Vaugeois - dort d'un sommeil de plomb. 

Et dans cette obscurité étrange, un duo composé d'un homme - Marc Bertin - et d'une femme - Nathalie Pivain - s'avance, s'empare du programme de salle et fait la lecture aux spectateurs du texte Le paysage. Le regard taquin, ils nous (re)joueront l'histoire peuplée de silences, d'actions rejouées. Les accessoires arrivent du (faux) plafond. Tous les personnages du conte sont là, à l'exception des sept nains. De Walser on connaissait L'Etang - et on avait encore à l'esprit la mise en scène très forte de Gisèle Vienne - mais pas sa Blanche-Neige. Une lecture plus ambigüe du conte. 

C'est toute l'étrangeté de ce spectacle qui fait sa grandeur. On ne rit pas forcément mais on sourit d'un jeu collectif profondément sincère où les acteurs sont comme des pantins tenus non pas par leur metteuse en scène Agathe Paysant mais par eux-mêmes. Les cinq comédiens - Camille Duquesne et Alban Gérôme viennent s'ajouter aux noms précédemment cités - se donnent à cœur joie dans ce simulacre de manipulation pour notre plus grand bonheur. 

L'Art de la joie @Théâtre L'Azimut, le 16 Mars 2024

Après un passage remarqué à la MC93, L'Art de la joie mis en scène par Ambre Kahan a pu poser son massif décor pour deux représentations au Théâtre L'Azimut à Chatenay-Malabry.

© Matthieu Sandjivy

Le roman monumental de Goliarda Sapienza prend vie. Le récit de l'épopée féministe de l'héroïne Modesta - incarnée ici par la superbe Noémie Gantier - en Italie au tout début du XXème siècle se déploie pendant 5h30. Il faut bien l'admettre, nous n'avons pas lu le roman et le spectacle a attisé la curiosité qui nous anime tant. On ne se risquera pas à résumé l'œuvre particulièrement dense - Goliarda Sapienza a consacré quasiment une décennie à son écriture -. D'autant que la metteuse en scène Ambre Kahan ne reprend pas l'intégralité.

Ce billet reviendra essentiellement sur toute la puissance de cette mise en scène, la performance excellente de l'intégralité de ses comédiens. On a connu des spectacles beaucoup plus longs - salutations respectives à Thomas Jolly et Julien Gosselin -, la durée ne nous a jamais effrayé. Mais dans ces spectacles fleuves, il est nécessaire de saluer l'énergie de tout ce petit monde - Aymeline Alix, Jean Aloïs Belbachir, Vanessa Koutseff, Élise Martin, Serge Nicolaï, Léonard Prego, Louise Rieger, Richard Sammut, Romain Tamisier, Sélim Zahrani et les musiciens Amandine Robilliard et Romain Thorel - aux affaires. La scénographie d'Anne-Sophie Grac impressionne par sa taille et son aspect modulaire, tout se transforme en presque toute simplicité. 

Sapienza a écrit un récit qui tire sa force dans son intemporalité. La soif d'absolu de son héroïne Modesta ne peut laisser de marbre. Ambre Kahan est parvenue à nous transporter dans une ambiance parfaitement mesurée. Les quinze premières minutes vont crescendo - le Monsieur Loyal Giùfa, interprété ici par un Florent Favier haut en talons ne manquera pas de bien appuyer cette idée avec un certain dynamisme et beaucoup d'humour  -. Le destin tragique de Modesta se scelle dans ce très court laps de temps. 

De la plus sordide à la plus sensuelle, la jouissance que connait Modesta est telle un feu intérieur qui l'animera tout au long de sa vie. Cette dernière est marquée par des épreuves humaines dont elle se relèvera chaque fois plus femme, plus forte. On la suit dans cette aventure à vive allure. 




L'Enfant brûlé @Ateliers Berthier - Théâtre de l'Odéon, le 10 Mars 2024

"On nait, on vit, on meurt"
Odezenne

© Jean-Louis Fernandez

A 25 ans, Stig Dagerman publiait ce roman intense. A peine plus âgé que son personnage principal, Dagerman était allé creuser du côté des pulsions enfouies, d'une humanité partie à la dérive. Une sombre histoire familiale sur fond de deuil et de désir interdit. 

Bengt a 20 ans lorsqu'il perd sa mère. Un départ accidentel, précoce. Il vit désormais seul avec son père, Knut. Bien qu'affecté par la mort de son épouse, Knut a reconstruit sa vie sentimentale avec Gun. Bengt se rend rapidement compte que son père trompait sa mère de son vivant. Il voit particulièrement d'un mauvais œil cette relation. Bengt ne sait plus vivre, il s'écrit - oui à lui-même - au travers d'un journal dans lequel il s'attache à la "pureté" de son être. Sa fiancée Bérit se soumet totalement à lui, sans aucune personnalité, elle se plie aux convenances. Présentés ainsi on pense aux personnages du brillant dramaturge allemand Marius von Mayenburg. Hurlements, chuchotements ou silences comme des signes de ponctuation. 

Le spectacle s'ouvre sur un dialogue mère-fils au moment du coucher. L'éternel échange entre l'enfant qui ne veut pas dormir en inondant de questions aussi insolites que sérieuses et l'heureux parent qui viendra s'en charger. La metteuse en scène Noémie Ksicova recentre l'action autour de deux espaces à la dimension hautement symbolique : la modeste maison familiale et le bungalow sur une île - le plateau s'enrichit d'une piscine pour l'occasion -. Le dedans implique la routine, l'ennui pendant que la seconde offre la liberté, la tentation. La réécriture du roman en pièce de théâtre concentre les répliques, les didascalies ne sont pas toutes jouées. Ces dernières peuvent simplement être suggérées, ce qui glace encore plus l'ambiance dans les scènes les plus violentes. Il n'est jamais simple d'adapter un roman en pièce de théâtre mais Noémie Ksicova a su habilement en tirer la matière dramaturgique. 

Théo Oliveira Machado en personnage central nous captive par son phrasé juvénile dans la première partie puis plus son personnage gagne en maturité plus son jeu monte en puissance, Cécile Péricone s'inscrit dans une dynamique de jeu progressive elle aussi en parvenant à l'équilibre attendu, tout en délicatesse. S'ils sont secondaires, ils n'en sont pas moins bons, la jeune Lumîr Brabant est particulièrement attachante, Vincent Dissez nous convainc aussi dans sa maladresse tendre. Dernier, non le moindre, on aura un petit mot doux pour Mesa qui en chair et en poils donne corps à Hector, le chien de la famille ; une présence canine bien sympa. 


Bérénice @Théâtre de la Ville, le 09 Mars 2024

Le spectacle  s'ouvre sur une projection des différents éléments composant l'être humain. Oxygène, eau, or, potassium, sodium, phosphore et autres éléments défilent avec le pourcentage parfait. 

© Jean-Michel Blasco

Il serait vain de chercher les mots de Racine dans cette mise en scène de l'italien Romeo Castellucci. Les plus attachés à la langue du dramaturge seront déçus c'est plus que certain. Il s'agit surtout d'une intense performance d'une immense actrice française ; Isabelle Huppert. Les alexandrins sont au rendez-vous mais le reste n'est que poésie autour d'une passion dévorante. 

Un événement théâtral au sommet qui convoquent deux figures exceptionnelles dont les plus férus d'art dramatique ne pouvaient que jusqu'ici rêver. Et si le résultat peut se montrer légèrement décevant pour des partis pris pas toujours compréhensibles - que vient faire une machine à laver ? le radiateur à la rigueur passerait presque pour un prie-Dieu design -, le faiseur italien n'a rien perdu de son sens de l'esthétique. La tentation de déchiffrer le texte projeté sur le rideau nous démangera tout au long du spectacle. Et ce sont toujours ces moments oniriques suspendus dans le temps mêlés aux distorsions sonores du fidèle Scott Gibbons qui nous rappellent que nous assistons à une mise en scène de Romeo Castellucci

Isabelle Huppert est sublimée dans ses robes conçues par la talentueuse Iris van Herpen. Mais que dire de son jeu ? Ces dernières années, l'actrice nous épate autant qu'elle nous perd. Et c'est peut-être ce que nous retiendrons, une performance de haute voltige sur le fil du rasoir. 

Finlandia @Bouffes du Nord, le 07 Mars 2024

Dans l'obscurité des murs des Bouffes du Nord hébergeant une chambre d'hôtel nordique, les seules sources de lumière se font rares. Elles ne sont que deux : le réveil digital aux couleurs orangées qui affiche 03h47 et l'intérieur du mini frigo. Joseph Drouet et Victoria Quesnel sont endormis. Joseph finit par se réveiller, il allume la lampe de chevet pour le moins brusquement. Cigarette en main, il ordonne à sa compagne de se lever par un sec "Lève-toi !". La dispute éclate - pour la énième fois ? -.

© Pauline Roussille

Chez Pascal Rambert, on s'habitue à cette tension permanente. Il parait même que c'était l'objet de sa précédente création Clôture de l'amour sauf qu'il précise que cette fois, c'est "pire". Un enfant - ce soir-là c'est Charlie Sfez qui endosse le rôle de Nina - est entre les deux adultes. On pense alors à Depeche Mode et sa célèbre Precious. Dans Finlandia, il s'agit d'un couple d'artistes qui se déchire. On repense indirectement à une dispute similaire cinématographique dans Anatomie d'une chute

On assiste à un dialogue sans aucune merci. Invective sur invective. Aucun des deux n'aura jamais le verbe plus haut que l'autre. L'insulte suprême qui sera balancée à la figure de Joseph restera sans doute "fasciste". Joseph se voulant ici admirateur de l'italien communiste Gramsci, l'insulte ne passera pas ses oreilles. La violence verbale ne se suffit pas, elle est agrémentée par la physique à sens unique. Une fois encore, c'est Victoria qui portera le coup. 

La chambre étrangère devient un véritable ring, une vraie chambre de bataille dans laquelle on se jauge comme des fauves et s'apostrophe sans aucune limite. Et finalement, ce qui prend ici c'est l'étrange lieu commun qu'a choisi Rambert. Il se garde de toute grandiloquence - on vous épargne un jeu de mots mais on vous le dit quand même, ça va mieux en le disant : grande éloquence - qu'on lui connait. Et parfois, le rire nerveux s'échappe face à quelques exceptions de ridicule d'une situation pour le moins ordinaire.