Régis Mailhot "Citoyen" @La Nouvelle Seine, le 14 Mai 2016


Sa voix accompagne celle de Stéphane Bern tous les jours sur les ondes de RTL pour sa chronique « Mailhot express », on le retrouve en librairie pour son ouvrage Reprise des hostilités aux éditions Albin Michel, on peut le croiser sur Paris Première et récemment sur les planches de la péniche La Nouvelle Seine c’est Régis Mailhot.

Régis Mailhot, l’humoriste qui prend plaisir à décortiquer l’actualité avec un bon sens de la satire.
Les spectacles s’enchaînant sur la péniche, Mailhot s’attache à respecter son timing, pendant une heure il brasse un maximum de sujets de société et notamment ceux qui font la une. Car sa spécialité, c’est avant tout, la revue de presse.

Irrévérencieux, il vise tout le monde et sur un bon rythme. Les atrocités sont balancées avec un sourire plein de malices, ça passe mieux dans la mesure où il y va souvent très fort. L’équipe de Charlie Hebdo appréciera l’hommage grinçant. Les rires sont bien dans la salle mais on retrouve parfois les soufflements tant le comique est allé loin. Le nom du spectacle Citoyen est sans doute politique, si l’humoriste ne prend pas parti, il ne cache pas son intérêt profond pour la discipline.

Caustique, Régis Mailhot fait partie de cette génération d’humoristes qui ne se contentent pas des tracas du quotidien qu’on qualifierait de trop faciles, trop balayés, il est de ceux qui par leurs commentaires amènent le public à réfléchir.       

Stéphane Guillon "Certifié conforme" @Théâtre Dejazet, le 12 Avril 2016


Débordant d'énergie, toujours aussi irrévérencieux, Stéphane Guillon fait un retour sur scène très efficace.

Jouant les timides, il fait mine de traîner des pieds pour entrer sur le plateau. Cloîtré dans sa loge, l'artiste a honte d'avoir voté Hollande. Le retour sur scène est très politique. Le parti pris est clairement identifié, Guillon casse à droite, à l'extrême droite - allant jusqu'à imaginer Marine Le Pen au pouvoir en la comparant à une attraction de Disneyland - et bien entendu à gauche. Mais s'il ne se contentait que des personnalités politiques, on se lasserait et l'homme serait aussitôt qualifié d'artiste engagé.

Alors, il continue à s'en prendre à d'autres et là, on atteint des sommets : le terrorisme, la religion, les enfants, les migrants, Twitter ou encore la fin de vie... Toujours dans une écriture riche, l'humoriste égratigne mais jamais gratuitement. Pertinent dans son irrévérence, Guillon ne se fait pas sniper pour autant. Dynamique, sa gestuelle et ses intonations nous assurent que l'humoriste s'est bien préparé pendant sa période en retrait - qui aura duré près de 4 ans -. C'est cette même énergie que l'on retrouve sur un format plus court chez Ardisson dans son émission du samedi soir Salut les Terriens.

Pendant deux heures, l'humoriste parvient à balayer un grand nombre de thématiques qu'on lui connaissait et parfois, un peu plus éloignées de son répertoire mais qui arrivent à accrocher le public, le faire rire et quelque fois pouffer. Le sketch sur la fin de vie peut diviser, faire grincer les dents de certains mais reste bien pensé.

La fin du spectacle est l'occasion de découvrir ses talents d'imitateur qu'il ne dévoile que de temps à autre sur les plateaux télé à la demande : Fabrice Luchini, Dominique Besnehard, Alain Finkielkrault, Guy Bedos et quelques autres en prennent pour leur grade.

Certifié conforme est donc ce qu'on aime de Guillon, la nomination Molière de l'humour n'est que méritée, on court au Théâtre Dejazet jusqu'au 30 Avril avant qu'il ne soit trop tard !




Je tiens à dédier cet article à François Galtier et à l'occasion, le remercier. 


Racine ou La leçon de Phèdre @Théâtre de la Contrescarpe, le 06 Mars 2016



"Les poètes respirent autrement" affirme la tragédienne Anne Delbée.

Vêtue d'une chemise blanche sur laquelle sont posées des bretelles qui elles-même tiennent un sobre pantalon de costume noir, la tragédienne livre un spectacle entre la transmission de savoirs sur Jean Racine et la déclaration d'amour à la dernière pièce profane ; Phèdre.Alternant l'humour et la poésie, Delbée fait vivre les vers de la tragédie avec une telle fougue. Sous des aspects pédagogues, c'est souvent la déclaration d'amour au théâtre, à la tragédie et à la langue française qui prend le dessus. Elle fait aussi partager aux spectateurs les "ratés" de Phèdre qu'elle a pu voir.

Elle chante, elle rape en portant la casquette à l'envers, toujours dans l'idée d'honorer la richesse des vers du dramaturge disparu. Sa connaissance intime de ce dernier donne envie d'ouvrir à nouveau les pièces et de les analyser en profondeur. Sa maîtrise de la diction en alexandrin rappelle les cours de français où l'enseignant rattrape l'élève ayant le malheur d'écorcher la ponctuation.

Parfois dans la pénombre, Anne Delbée voit se poser sur elle un rayon de lumière qui l'enveloppe tel un second costume. Ce n'est pas son âge qui osera faire effet sur l'énergie qu'elle dépensera pour ce spectacle. Ses yeux brillants garantissent son dévouement.

Entre deux comédies au Théâtre de la Contrescarpe, il faudra bien prendre le temps de revisiter le théâtre classique, nous avons tellement de choses à apprendre des plus grands !

Concert-Ciné Spectacle Working Day @Pan Piper, le 08 Février 2016

La chanteuse Lizzy Ling a décidé de procéder à la promo de son nouveau double album Working Day en se mettant en scène au Pan Piper en jouant à la fois sur les planches et à l’écran qui projettent des images dans lesquelles la comédienne d’un jour interagit en direct.  

Quelle douce petite surprise que voilà ! Jouant des situations de la vie quotidienne de plusieurs professions – de caissière à journaliste en passant par coiffeuse ou encore prof d’Anglais, chauffeur de métro – l’artiste s’amuse et le spectateur aussi. Tout le monde est servi pour notre grand bonheur.  

Les chansons pop acidulée de Lizzy Ling sont au rendez-vous avec des textes plutôt décalés sur des fonds sonores qui rappellent le quotidien des professions mêlés à des compositions assez extravagantes mais pour le moins entraînantes.

Fidèle en amitié, Jean Fauque intervient sur le morceau « Le restaurant ». Prêtant sa plume pour laisser échapper les jeux de mots - ici humoristiques - qu’on lui connait, il co-signe également la chanson finale « Let’s work ». On le retrouve aussi à l’écran.

Dans une ambiance très conviviale, la chanteuse sait dorénavant que le concept a plu et qu’elle pourra s’y donner à cœur joie dans d’autres lieux. A commencer par la Belgique, en Avril prochain, m'a-t-on soufflé.  

A découvrir : le clip LE METRO

Dans la solitude des champs de coton @Théâtre des Bouffes du Nord, le 4 Février 2016


© Christophe Raynaud de Lage
Deuxième escale Koltèsienne.
Cette fois aux Bouffes du Nord, vingt-neuf ans après Chéreau, laissons-nous entraîner Dans la solitude des champs de coton.

« Deux hommes qui se croisent n’ont pas d’autres choix que de se frapper avec la violence de l’ennemi ou la douceur de la fraternité »

Casques sur les oreilles, c’est directement sur le plateau que les spectateurs sont invités à se rendre. Ils peuplent l’espace scénique, ils font office de décor, ils deviennent champs de coton. Guidés par les voix d’Anne Alvaro et d’Audrey Bonnet qui s’échangent les premières tirades philosophiques dans la pénombre. Puis progressivement, le public gagne les fauteuils.

Pourtant, l’originalité de cette mise en scène signée Roland Auzet se devait être plus poussée. Le début du deal devait se dérouler dans la rue, en plein cœur du quartier de La Chapelle. Etat d’urgence oblige, l’artiste ruse.

L’effet de déstabilisation est réussi, les voix paraissent si éloignées, les silhouettes sont presque fantomatiques. Dealer et client sont interprétés par des femmes. L’une a la voix grave, maîtrise la situation, elle détient ce que l’autre désire tandis que la seconde est un peu plus sauvage, animale qui se sentirait menacée. Elles se déplacent lentement, leurs mouvements sont comme chorégraphiés dans l’opposition : quand l’une avance, l’autre s’écarte, une séduction contradictoire.

Dans la solitude des champs de coton aux Bouffes du Nord s’avère un savant mélange de choix singuliers. Les comédiennes sont toutes les deux exceptionnelles et portent en elles une interprétation poignante, intense. Le tout porté par une création sonore – composée par La Muse en Circuit - qui selon la situation, alimente la tension ou la sérénité éphémère. 

Combat de nègre et de chiens @Théâtre Jean Arp (Clamart), le 19 Janvier 2016


© Christophe Raynaud de Lage
Le contemporain Bernard-Marie Koltès revient sur les devants de la scène pour ce début d’année 2016. Premier arrêt à Clamart au Théâtre Jean Arp qui accueille Combat de nègre et de chiens, l’un des textes inspiré des voyages en Afrique de son auteur. Le metteur en scène Laurent Vacher s’est emparé du texte en ayant bien conscience qu’un certain Patrice Chéreau s’en était épris quelques années auparavant. Choix audacieux que de marcher dans l’ombre laissée par le metteur en scène disparu.  

La langue koltésienne a quelque chose qui a et fascinera toujours. Les acteurs doivent pouvoir saisir sa maîtrise des silences, des mots, des tonalités.
Combat de nègre et de chiens se déroule dans un pays d’Afrique de l’Ouest, sur un chantier des travaux publics. Vacher respecte la présence d’une caravane, d’une terrasse où on observe un baril en guise de table où l’on passe le temps en jouant aux dés, pariant de l’argent et du bougainvillier qui sépare les deux univers. Des ventilateurs fonctionnent à plein régime « le bruit de l’Afrique » . Il habille son décor avec une trame sonore – signée Michael Schaller et Théau Voisin -  qui percute les spectateurs, elle se veut à la fois lourde et sombre accompagnée de bruits qu’on caractériserait de naturels. Elle rappellerait presque les westerns.

Un ouvrier noir, Alboury (Dorcy Rugamba) réclame la dépouille de son frère mort sur le chantier. Le responsable des travaux, un blanc, Horn (Daniel Martin) ne peut pas lui rendre et encore moins son collègue Cal (Quentin Baillot), sur qui pèse la responsabilité de la mort. S’immisce alors au cœur de ce trio, Léone (Stéphanie Schwartzbrod), l’unique femme qui a suivi aveuglément Horn en Afrique dans l’espoir d’un futur mariage. Chaque personnage se confronte à son étrangeté le temps d’une nuit. Une femme dans un monde d’hommes, des hommes blancs face à un noir, tous s’affrontent. Les mots sont devenus des armes.

Le jeu de Quentin Baillot est intense, son personnage évoluant au fil de la pièce en harmonie avec la poussée dramatique. D’un Cal quelque peu espiègle, qui préfère noyer son désarroi dans quelques verres de whisky, on bascule graduellement dans la gravité. Daniel Martin livre un Horn dont les responsabilités sont fragilisées, humaniste au fond de lui rejoint par un Dorcy Rugamba plutôt sage mais inquiétant par son aspect de rôdeur. Léone est endossée par une Stéphanie Schwartzbrod sensible, piégée par une certaine naïveté sur l’Afrique dans les premiers temps de la pièce. 
Vacher parvient à s’acquitter de la version de Chéreau, en proposant sa propre lecture dans un jeu d’ombres. 

Hikikomori - Le refuge @Théâtre Monfort, le 23 Janvier 2016


Mais qu’est-ce que l’hikikomori ? C’est une expression qui voit le jour chez nos voisins japonais dans le début des années 1990, elle se définit comme un phénomène sociétal qui touche principalement les adolescents mais qui petit à petit atteint les jeunes adultes. Il consiste à s’enfermer dans sa chambre pendant une période indéterminée. Ca sera cette pathologie qui a attiré la curiosité du metteur en scène Joris Mathieu.

Un même spectacle, 3 récits possibles. Mais comment est-ce réalisable ? Avant d’entrer en salle un casque audio est tendu à chaque spectateur, libre à lui de choisir le récit selon son âge : le point de vue parental par le biais de la voix paternelle, celui du héros qui raconte sa « version », tente de s’expliquer comme il peut ou encore le format conte philosophique pour enfant avec la douce voix maternelle. 

Chaque spectateur vit donc une expérience théâtrale qui lui est propre, elle lui est comme chuchotée, ce même spectateur devient au centre de tout, à lui de dégager une compréhension propre et de la partager avec son voisin.
Parents, vous ne pourrez pas porter le même regard que votre enfant, c’est une évidence qui se voit renforcée par la différence de narration.

Nils est un ado comme les autres. Jusqu’au jour où il est rentré à la maison après l’école et qu’il s’est enfermé dans sa chambre pour ne plus en sortir.  Inquiétude parentale oblige, ses parents suivent précisément les pensées de leur fils.

Au niveau de l’espace scénique, tout se déroule entre deux portes. Et derrière un voile de tulle s’animent les rêveries, les pensées du jeune Nils que l’on se surprendra à voir danser entre les buildings de la ville, ces chimères entraînent les spectateurs dans un monde poétique. Puis, les parents pénètrent dans l’intime du jeune garçon en forçant la porte, ils se suivent jusqu’à arriver dans un bois. La forêt comme symbolique d’une quête initiatrice, identitaire sans doute.

En une heure, Joris Mathieu parvient à faire oublier les notions de temps et de lieu. Son spectacle invite au voyage. Véritable fable de vie, il parvient à créer une ambiance innovante en faisant usage des nouvelles technologies habilement.


Et vous, quelle histoire seriez-vous prêts à entendre ?